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Full text of "Seconde requeste du Théologal de Séez [Jean Le Noir]... contre... l'Evesque de Séez... [François Rouxel de Médavy]"

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SECONDE t 

R E QJV ESTE 

Du Théologal de Seez , 

U M0 Ç NSEIG C HEV2L LlLLVStmstME ET lEUClOSlSSlMÈ 

Archevefque de Rouen Primat de Normandie , Conseiller du Roy 
en fes Confeils , & Commandeur de [es Ordres, 

Iean le Noir Théologal de Seez prifonnier pour la defenfe de la Foy & des 
Jibertez & immunitez de l'Eglife; 

CONTRE 

$tonftignwr lEuefaut de Seezj. 

I 

Du bonfieur & de la gloire de foufrir pour la de'fenfe de la Foy 

& de l'authorité de l'Eglife. 

CE n'eft point 3 Monfeigneur, l'impatience de l'exil ny de la prifonquime preflV, 
avant queV. G- ait répondu ma première Requefte,de vous enprefenter une féconde. 
L'obfcurité, la puanteur, les fumées de tabac & la pourriture qui régnent dans vos 
prifons Archiepifcopales,nefont pas la caufe de ce redoublement d'écrits, qui paroiftra 
peuteftre importun àV.G; & luv femblera trop précipité. Après fis ans d'exil & 16 mois dé 
prifonà Paris, avoir encore pafle quatre autres mois dedans le lieu d'horreur, d'où je vous 
écris fous le voile de voftre authorité en fi!ence,& fans avoir voulu augmenter la douleur de 
vos maux par le récit des miens, eft une marque bien évidente , Monfeigneur, que ies miens 
n'ont pas fait tant d'impreiïîon fur mon ame , comme lacompaifton que j'ay eu pour les 
vofires , comme le refpect que j'auray toujours pour V. G. & le detir que j'ay de vous voir 
eftant parfaitement guéri , faire goutter à voftre Diocefe les doux fruits de tant d'efperan- 
cesqu'ilaconceues. La caufe des maux que je fouffre, Monfeigneur, eft trop glorieufe pour 
me plaindre de mes fou ffrances : La vérité que jefoûtiens eft trop aimable pour ne l'aimer 
pas avec toutes ces difgraces &c les adverfuez qui raccompagnent. M-oins la douceur de 
goûter la vérité pure eft méfiée de confolations terreftres , plus fonvin eft délicieux & plus 
on eft enyvréduplaifirdefouffrirpourelle; plus on connoit fa beauté admirable, plus elle 
ravit, plus elle tranfporte ceux qu'elle ravit au deftus des Tyrans qui les perfteutent , plus 
elle fait méprifer à fes amateurs les foibles efforts de la faune puiflancede fes ennemis , & 
leur en donne de pitié & de compaifion. 

le parle ainfi, Monfeigneur, après iix ans d'exil & vingt rhois deprifononme doiteroiret 
après une fi longue & fi cruelle expérience je parle ainfi , parce que je ne puis me taire , la 
plénitude de ma juye ne fe peut retenir , je ne dis plus comme le Prophète ,Credidî^ j'ay cru, 
c'eft pourquoyj'ay parlé, propter quod locttttu fum , mais j'ay vu , c'eft pourquoy je parle : j'ay 
goûté, j'ay expérimenté avec tous mes fens le plaifirde fouffrir pour la defenfe de la vérité 
& de la juftlce, c'eft pourquoy je ne puis pas taire ce que j'ay vUjCequej'ay goûté , ce que 
j'ay expérimenté t aon enimqttie 'viâimm & audivimm , pnjfxmuA non loqui. 

le parle , Monfeigneur j du lieu même de mes cumbaTs,& encore dedans la crainte de 
mes propres foiblelfes ,- parce que la furabondance démon amour pour la vérité & de la 
joye qu'elle me donne , nepeut pas permettre que je lafupprime , & elle me remplit le cœur 
de tant de confiance quej'oublie mes infirmitez dans laveuc deïquels j'auroistout àcrain- 

A 



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^ 









dre, pour ne penfer qu*au pouvoir dcccluy qui me conforte , dans lequel je puis tout par la 
patience. 

le fouffre donc, Monfeïgneur, pour ladéfenfe de la vérité , mais elle me protège: je 
fouffrepour ladéfenfe de l'Eglife & de fa liberté qu^n veut opprimer fous le joug d'une 
domination injufte & antichreftienne, c cft tout le fujetde mon di itèrent avec mon Evefquc, 
maisc'eftauffi tout le principe de ma force & de ma confiance. Ua de fon coite la grandeur 
de fa naïflance , de fa dignité j defes biens d'Eglife , de fes emplois à la Cour , de fon crédit, 
& toutes lesrufes&les fîneffes de la politique : & je n'ay contre luy que la privation de 
toutes ces grandes vanitez à luy oppofer avec la vérité & la juftice demacaufe : je fouffre 
pour elles 3 mais elles combattent pour moy , c'eft pourquoy il faut que fa Grandeur leur 
cède , Monfeigneur, il ne s'en peut défendre , foit qu'il le vueille ou ne le vueillepas. 

S'il fe veut défendre contre la vérité, Mon feigneur, comme il a fait jufqu'icy ,il le peut par 
fine fTe,par chicanerie, par calomnic,par politique,par furprife de Lettres de cachet ,& ce fera 
vaincre par illufion aux yeux du monde & des Charlatans qu'il a protégez, mais ce ne fera 
pas vaincreen vérité» Car contre la vérité, Monfeigneur, ou fans verité,il ne peut cftre de vi- 
ctoire qui foit véritable , il n'eftrien de vray que ce qui fc trouve conforme avec la vérité; 
ainfi malgré luy, Monfeïgneur, s'ils 1 obftinc à relîfter contre la verité,il fera toujours vaincu 
véritablement, & fatiflement & miferabiement vainqueur, mais heureux s'il Ce rend à la 
force & à l'éclat qui environne la vérité. Car eltre ainli vaincu par elle, e'eftcftre vainqueur 
avec elle ,& triompher detoutmenfonge &: de fa vanité. 

Or ce que j'ay dit de la vérité , Monfeïgneur, fe doit auffi entendre de 1.1 juftice & de l'au- 
thorité de L'Eglife, qui eft lacolomnc& l'afermïffement de la vérité, félon l'Apoltre, & 
fa maiton, comme parle un Prophète , domus veritatis-^ Eglife à.l'authorité dé laquelle ne 
refifter pas, dit S.Bernard,ep. i8y C'eft le fou verain degré d'honneur & de gloire j comme 
céder à la Divine Majefté, eft le dernier genre de victoire qu'un homme punTe remporter: 
Summum viclorUgenta Divin* cedere Majeftkti , &* a»thoriuti m*trk Ecdef* non reluBm Sttmmux 
honor &* gloria. 

II. 

Que Monfeïgneur de Seez a viole la Foy , par l'herefie qu'il a enfeignée , 6c 
l'auchoritc de l'Eglife, par la violation de fes Canons. 

C'eft contre ces deux authorkez, Monfeïgneur, de la vérité qui eft Dieu même & de 
l'Eglife, que Monfeïgneur de Seez a combattu jufqu'ky par Lettres de cachet, furprifes 
par ArreftsduConfeil fur Requefte ,par exils & emprifon«emens , mais fur tout par des 
obfcuritez & des ténèbres de difeours plus que palpables & Egyptiennes. Et c'eft pour ces 
deux authorkez que j'ay foutenu toutes ces attaques,que j'ay comparu devant les Tribunaux 
des Princes & des Commiffaires fans autres armes que celles delà pure lumière fansavoir 
efté confondu- Loquebar de tefîimoniif tais in confpcÇiti regttm tymneonfundebar, C'eft avec ces 
mêmes armes , Monfeigneur , plus claires que le jour que je comparons devant vous &T 
que je pretens vaincre. 

Ariîiote dit, Monfeigneur, que la lumière eft h couleur du feu, maisjecroy dire mieux, 
fi je dis qu'elle eft la couleur de la vérité même , comme l'obfcurité eft celle du menfjnge 
& de l'herefie. C'eft unaphorifme, Monfeigneur , que la couleur eft mi indice qui démon- 
tre la qualité des humeurs internes & cachées ,defquelleselle procède , comme la fleur la 
qualité de fa feinence & de fa racine , cobr efflorefcitjîmilis humoribm. Quelle eft donc la fe- 
menec & la racine de l'obfcurité , Monfeigneur , linon le menfonge > Et quelle eft fon hu- 
meur interne , fon principe caché & fa fource profonde finon l'erreur ? l'obfcurité de Mon- 
feigneur de Seez, Monfeigneur, eftlacoulcur naturelle de toutes fes humeurs peccantes, 
efflorefeit fmiiis humoribus - y fon obfcurké eft la fleur de cette racine. C'eft de ces feuilles 
dont à l'imitation de nos premiers parens , il fe fait un habtr pour couvrir fa honte & pouf 
en comuofer l'apologie , mais fa Grandeur ne s'apperçoit pas queceluy qui paroift pren- 
dre tant de foin de cacher fa honte, la confelfe par le foin même qu'il prend de la cacher» 
& queceluy qui penfefe mettre à couvert fous l'obfcurité d'un difeours avoue que ce dif- 
cours recelé quelque erreur, auquel plus de clarté ne feroitpasavantageufe. 

Tout ce que je croy donc, Monfeigneur , avoir à faire auprès de V. G. dans le différent 
que j'ay auec Munleigneur l'Evefque touchant la vérité de la Foy & l'authoritéde l'Eglife 
eft d'oppofer à fes ténèbres, leur pure lumière & faire voir comme par l'obfcurité de fes 
écrits & celle de fa procédure il a violé l'un & l'antre. 






3 
III. 

L*herefîe du Mandement de Monfeigneur de Seez. 

Pour ce qui regarde la Foy , Monfeigneur , peut-on découvrir avec plus de clarté i'here- 
fie de fon Mande menr , que je l'a y fait par ma première Requefte , félon les termes de l'écrit 
~des Réflexions, & de l'autre écritaddreffé a V^tutheurdetaX. Lettre de l*herefe imaginaire ; Le 
premier écrit difant en propres termes. 

Jjhte ceux qui fe feparent de l'Egtife non t jamais ejlé de i'Egtife. Et que Monfeigneur de Seez 
dansibn Mandement na rien en feigne autre chofe. 

Le fécond écrit , difant en propres termes» 

Jgue ceux qui ne fefeparent jamais de ta tiffure de i'Egtife , font tes fis dont cette tiffure efi compofée. 

Mais que ceux qui s\n [épatent ne fmt que des filets voUns , dont la tiffure ne ji pas compofée. 

E t qu'a infi ils n'en furent jamais parties , fcion Monfeigneur , ny membres entrez, dans fa 
compoftion , qui eftl'herefie de Calvin 5 mnquam fuiffe tciïefizmembra quiaefciunt. 

Mais afin que rien ne manque à cette déinonftration,poions s'il vous plaift, Monfeigneur, 
un principe article deFoy reçeu de tous lo Catholiques , qui clique la compofuion de TE- 
glife & fon unité eft indivitible eflentiellcmcnt & marque perfeverance , fans pouvoir ja- 
mais ny finir ny périr. 

le dis que ce principe eft article deFoy , & regniejus non erit finis ; le Kegne & le Royau- 
me de lefusChrift n'auront jamais de hn. Or le Royaume de I. Chrift eil fon Eglife; & pat 
confequent ileftde foy que l'Egl ife marque persévérance fans pouvoir finir ny périr. 

leleiay avec vous s dit-il , a fes Apoftres, jufqu'à la confommatïon du liecle, c'eft à 
dire , avec eux & leurs fuccefleurs dans le corps de ï'Eglife par fon Efprit, qui la gouverne 
& la piotege avec perfeverance. Et parlant à faint Pierre qui eftoit le Chef de fon Eglife, 
& à fes fucceffeursqui luy îuccedent en cette qualité , & qui font le centre de fon unité: 
Tu es Pierre, luy dit-il , cV fur cette pierre j'édifieray mon Eglife, & les portes de l'Enfer ne 
prévaudront jamais contre elle. 

Ainii la perpétuité ou la perfeverance perpetuel!e«fonr effentielles à Ï'Eglife, auflîbîen 
que fun unité & fa composition indivifible, & contreccttecompofitîon & unité indivifible 
les portes de l'Enfer ne prévaudront jamais : ainii elles marquent perfevetance & ne peu-» 
vent jamais périr. 

II n'y a aucun Catholique qui né convienne de cet article de Foy : mais à cet article de 
Foy on peut donner deux fens diferens. 

Le premier , que lacompoiition d^ Ï'Eglife marque perfeverance, en forte que tous ceux 
qui y entrent, y perfeverent & n'en fortent jamais. 

Le fécond , enforte qu'aptes y eftre entré , on en peut fortir , y rentrer , en refortir 
félon fa volonté* 

Le premier fens eft manifeftement celuy de Calvin, nwqttam fuiffe Hcckfiti membra qui 
defciunt: Que ceux qui fortent de Ï'Eglife n'en ont jamais efté les membres & n'ont jamais 
entredans lacompofitiondefatifure , qui marque perfeverance, puisqu'ils n'ont pas per-> 
feveré , & ce fens de Calvin eft manifeftement celuy de Monfeigneur de Seez. 

Le fécond, eft manifeftement le fens de Ï'Eglife & de la Foy , à fçavoic qu'encore que 
la compofition de Ï'Eglife marque perfeverance , néanmoins il ne s'enfuit pas que tous ceux 
qui y font entrez y perfeverent; nuis plufieursdeccux qui font entrez dans l'unité indivi- 
fible de l'fcglife , qui marque perfeverance n'y perfeverent pas. 

tv. 

L'hcrefie du Mandement de Monfeigneur de Seez refutc'e par 
deux partages de faint Auguftin* 

Ce qu'il eft en outre aifé de prouver par le paffage de faint Auguftin,au Traité 118: 
fut le i jj.chap. de faint Iean , en ces termes ; Tunka itla fortita omnium partium fignificJiï uni- 
tatem^qu^charitatit <vinculo conùnetur , inconfutilis fjï ,nt aiiquandoiiffuatur , &• ad mum pert'e- 
nit } quUin unnm omnes coiligit , la tunique de le fus Chrift , ditS. Auguftin,fignifie l'unité indi- 
vifible de Ï'Eglife contenue dans le lien de la Charité* 



I 



y 






Orcefl: un Article de Foy qu'on peut perdre la Charité lors qu'on Ta receuë , & par con- 
fequent c'eft un Article de Foy qu'on peut fort ir de l'unité indivilible de l'Eglife,qui marque 
persévérance, après que l'on y eft entré. Car Monfeigneur de Seez ne peut pas nier que 
S.Auguftinnepârleencet endroit de l'unitéde l'Eglife & defatinuteindivifible,qui mar- 
que perfeverance ,inconfutilit % nt aliquando diffuatur. 

Or la Charité de l'Eglife ne peut marquer perfeverance que dans l'un ou l'autre des deux 
fensraportez cy-deffus. 

Le premier , en forte queceux qui entrent une fois dans la Charité de l'Eglife , ne la per- 
dent jamais ,& que ceux qui fortent de l'Eglife ,n'ayent jamais entré dans fa Charité perpé- 
tuelle , qui marque perfeverance, puîfqu'Us n'ont pas perfevere, & c'eft le fens de Calvin & 
de Monfeigneur de Seez manifeltement hérétique. • 

Le fécond qu'encore que l'on foit entré dans la charité perpétuelle de l'Eglife, qui mar- 
que perfeverance ,on peut néanmoins n'y pas perfeverer 3 & c'eft le fens Catholique foûtenu 
par S. Aug. au lieu fus-allegué, 

Ilenfeigne encore cet article de Foy au \\vïedecorrt6i.ûr>grat.c.9. auquel lieu expliquant 
ce paffage de S. Iean : If une ~dnticlirifli muitifaSii funt > ex nobis ftodicrunt jfednon erant ex nobis t 
il l'explique en ce fens , que ceux qui eltoient fortis de l'unité indivilible de l'Eglife qui 
marque perfeverance ,y étoient entrez auparavant que d'en fortir, mais qu'ils n'étoient pas 
predeftinez à y perfeverer. 

Qu'ils y fuflent entrez , il le dit en propres ternieSjlorfqu'il dit qu'ils étoient juftes & que 
leur juftice n'était pis fimulée non quia inflitiam fimulavermt , ce qui ne peut eftre fans qu'ils 
fuflent entrez dans la charité de l'bglile , qui fait fon unité juftihante, perpétuelle, indivî- 
fible & qui marque perfeverance t comme nous avons vu cy-deffus. 

Qu'ils en foient fortis , il le dit en ces termes t fed quia in ta non ptrmanferunt , la juftice de 
l'Eglife dans laquelle ils étoient entrez , eft perfeverante, c'eft un article de Foy, mais ils en 
font fortis , parce qu'ils n'y ont pas voulu perfeverer, quiaineananpermanfermti 

Qu'ils y fuffent entrez , ce Saint le dit en propres termes , erant in fide pliorum. Or la foy 
de l'ÊgUfe eft perpétuelle , indivilible & marque perfeverance, ils étaient entrez dans cette 
foy /ufti fiante, qui fait lesenfans. 

Mais ils n'eftoientpas enfans predtftinez à y perfeverer, non erant filii, dit ce même Saint, 
&en ce fens ils n'etoient pas des noftres, non erant ex nobis , predeftinez à perfeverer dans lat 
foy, dans la charité', dans l'unité & la compoiition indivilible de l'Eglife, qui marque per- 
feverance , maïs ils en font fortis , ex nobu exierunt , ce qu'ils n'euffent pu faire s'ils n'y enflent 
enrré auparavant. 

Maîscommentfe peut-il faire que la charité de l'Eglife & fon unité juftifiante marquent 
perfeverance , & que néanmoins tous ceux qui y font entrez , n'y perfeverent pas. 

C'eft la difficulté de fe foumettre à cet article de Foy , qui a fait que Calvin eft tombé dans 
fon herefie, de croire que la charité de l'Eglife marquoit perfeverance , enforte que tous 
ceux qui y eftoient entrez , y perfever oient & que quand quelqu'un fortoit de l'Eglife , c'eft 
qu'il n'avoir jamais entré dans fa charité , qui marque perfeverance , & c'eft le fens auffi du 
Mandement de Monfeigneur de Seez, 

Mais l'Eglifeau contraire & S. Auguftin avec elle enfeigne que la Charité qui eft le lien 
indivifiblede l'Eglife & fon unité perpétuelle juftifiante , contre laquelle les portes de l'en- 
fer ne prévaudront jamais , marque perfeverance, de telle façon qu'encore qu'on y foit en- 
tré , néanmoins on en peutfortir : & qu'elle perfevere dans l'Eglife, encore que l'on fefepare 
d'avec elle & qu'on n'y perfevere pas. 

Il eft une juftice permanente, dit S. Auguftin, de laquelle pour eftre jufte il eft necetfaîre de 
s'approcher , mais dans laquelle après qu'on s'en eft approché , & qu'on y eft entré , on peut 
n'eftre pas permanent : effe non fotes ix/îws , ni fi convertendote ad quaniam inflitiam manentem , à qua 
firecedii 3 iniuftwes , elle eft permanente, mais tu peux n'y pas demeurer permanent, elle 
marque perfeverance , mais tu peux n'y perfeverer pas ,firecedk t mn déficit ,fitu t'en fepares 
& péris , elle ne périt pas , te accédante non crefeit , comme lorfquetu t'en approches & te joins 
à elle, elle ne s'acroiftpas, parce que l'eue n ce deschofes necroiftpas par le nombre de ceux 
font admis à les participer : rout l'Océan enfemble par exemple n'eft pas plus eau eflentielle- 
ment qu'une goûte de pluye. < 

If unité de l'Eglife eft de même, Monfeigneur, & fa charité, elles font permanentes , elles 
marquent perfeverance: mais tous ceux qui entrent en elles pour y participer n'y font pas 
permanens,enfefeparantdefonunitéilsperifTent, ils perdent la fubltance de leur falut,dit 
S.Cyprien, fubflantiamfalutii amittunt , mais lafubftance de leur falut fublilte dans l'Eglife , & 

fon 






fon unité ne périra jamais , elle eft perpétuelle & invincible aux portes de l'Enfer, Cette 
unité n'eftoit pas moins effentiellement unité, ny l'Eglife moins effentiellement Eghfe, 
lorfqu'elleeftoit encore renfermée entre les murailles de lerufalemdans le petit nombre 
des Difctples & des ApouVes, que quand elle s'eft eftenduë par toute la terre ,'cVIorfque 
les Royaumes & les Empires tous entiers s'en (ont feparez, clJe n'en eft pas devenue moins 
Eglifcj moins indivifible, moins perpétuelle , & perpétuellement fubtiftante, elle n'en a 
pas moins marqué perfeverançe , tencedente non déficit ^te a-scedtnte non crefeit , parce que c'eft 
le miracle propre & particulier à l'Eglife , dit S. Hilaire, de n'eitre jamais plus viftorieufe 
quelorfqu'elle paroift bleffee , jamais plus reconnu é quel orfqu'elle eft combattue par les hé- 
rétiques Jamais plus triomphante quelorfqu'elle paroift abandonnée ; hocenim Ecctefîè po- 
ftîttm eft , ut tant vincat cumUditur, tum intelligatur cum arguitur , tum ol> tintât cttm deferitur lib. 7 * 
de Trinir. 

C'eft aitifi , Monfeigneur , félon faint Auguftin , que l'Eglife de lefus Chrift reprefentee 
par Cx tu nique fans couture eft indivilible , banque l'on ne foit pas indivifiblé" d'avec elle^ 
c'eft ainfi que fon unité & fa charité marquent perfeverançe ,quoy qu'on n'y perfevere pas 
uni: ^m eft iftattinicanif charité , dit faint Auguftin, quAmnemo potejl dividere . ? tjit<e eft ifta 
tunica nifi unitM ^in iffam fors mittitar ^nrmo Htam dividit s facrament* fibi h&retici dividere potue- 
rimt , çharitatem non diviferunt } & qi*i& dividere non potaerunt y receJ?erant , Ma tAmen rnanet intégra^ 
In Pfal. zi. 

Quelle eft cette tiflure indivilible, qui marque la perfeverançe , dit S. Auguftin , finon 
la Charité, que perfonnenc peut divifer ,quoy que Ton puilfe bien fe divifer d'elle 5 Quel- 
le eft cette tifiure indiviùblequi marque perfeverançe , iînon l'unité reprefentee par la tuni- 
que fanscoufture? Lesfoldats tirèrent au fort cette tunique , mais nul d'eux n'entreprit de 
ladivifer , comme ils firent lesautres veftemens. Ces autres veftemens de lefus Chrift repre- 
fentoient les Sacremens qui peuvent eftre divifezpar les hérétiques & qui demeurent Sa- 
cremens véritables dans leur diviiion, comme le Baptefme par exemple demeure véritable 
parmi les hérétiques , mais la Charité ne peur demeurer véritable dans la diviùon,elle ne 
peut fubfiiter divilce,c'eft pourquoy les hérétiques ne l'ayant pu divifer , ny l'emporter avec 
eux dans leurs affemblées Schifuaatiques , ils fe font retirez d'avec elle & s'en font feparez, 
ttteffernnt illa tAmen manct integm : mais quoy qu'ils fe foient feparez d'elle , elle eft néan- 
moins demeurée toute entiere,parce que fon intégrité marque perfeverançe ,quoy qu'on ne 
perfevere pas en elle* 

Voyla la Foy Catholique, Monfeigneur ; expofée aux rayons du Soleil & tirée de l'ob* 
feurité , dans laquelle Monfeigneur de Seez l'avoit voulu enfevelir avec les termes de fon 
Mandement* La voit-on maintenant, Monfeigneur, claire comme le jour? & la voyant 
luy peut-on refvfter ? Sed -vos vi£li animofitate , dit faint Auguftin, non <vulti$ vinci 'VeritAte. 
Monfeigneur de Seez eft vaincu, Monfeigneur s il ne s'en peur défendre ,mais vaincu qu'il eft 
par animofité , il ne veut pas fe laifter vaincre par les lumières de la vérité , il foutient fon er- 
reur & pour lafourenir il entafte ténèbres fur ténèbres , obfcunté fur obfcurité > galimatias 
fur galimatias } comme V. G. a pu le remarquer dans le premier article que j'ay raporté 
de man interrogatoire dans ma première Requefte , lorfqu'il-dit,q»e ïay perverti maUcieufe- 
tnent les paroles de [on MAndement > en mportAnt À U tijfarè , ce qui ne pouvait eftre raporté qt*'À ta Robe 
parle texte du Maniement, 

Car y eut-il jamais , Monfeigneur, un pareil galimatias* au monde ? Et fa Grandeur: 
s*entend-elle foy même en parlant de la forte ? Imaginez-vous, Monfeigneur , quelarti- 
cle à fournir par un Evefque à un Confeil 1er d'Etat éclairé , qui a l'efprit net &: accouftumé 
à entendre ce qu'on luy dit & à fe faire entendre aux autres ï jugez ce qu'il pouvoit penfet 
du fu jet de noftre difpute* Pour moy , Monfeigneur , je ne le celé pas , je luy dis qu'en ma 
confcicnce je ne l'entendois point , comme je vous jure que je ne l'entens point encore & que 
je ne croyois pas non plus qu'il s'entendift luy-même , c'eft pourquoy d'ailleurs le fu jet de ce 
diferent concernant laFoy , je luy demanday mon renvoy par devant mes luges. 

Vousl'cftes donc, Monfeigneur , puifqu'il a plu à Dieu, c'eft à vous fi V. G. peut 5 à 
vous faire jour parmi cestenebres , mais Monfeigneur de Seez ajoutant à l'obfcurité defes 
expreffions celle defa conduite, comme par les premières de fes ténèbres, il a violé la 
pure chafteté de la vérité } ainfi que parle faint Hilaire : par les fécondes il a violé celle de l'E- 
glife & de fa jufte authorité , & foulé aux pieds la fainteté de fes Canons confierez par la 
révérence de toute la terre. 

B 




I 



V. 

De la violation des Canons par Morifeigneur de Seez, ôcdela Politique 

des bons & des mauvais Evefques. 

le vous en ay expofé le fait dans ma première Requefte. le tachera y dans celle-cy, 
Monfeigneur, de vous découvrir les feerets de fa Politique & vous révéler les principes de 
ces funeftes confequences* 

Toute la Politique d'un bon Evefque , Monfeigneur , fe réduit à deux points. Le pre- 
mier , de faire obfcrver les Canons , dontl'obfervation fait la première innocence des Evef- 
ques & des Preftres, Le fécond , en cas d*inobfervation d'en faire obferver les remèdes qui 
font leur féconde innocence après la première perdue j & commencer l'un & l'autre par fon 
exemple , avant que de penfer à le faire par fes paroles, parce que la fin que fe propofe un bon 
Evefque , n'eft pas de dominer fur fes inférieurs fans vouloir obéir , mais de faire dominer 
dans l'Eglife Dieu feul &faLoy contenue dans les faînts Canons & d'y obéir le premier, 
parce que le bon Evefque ne fe croit point dominateur de fes frères j ny dominateur des 
Canons , mais. mwift.ett Cvcûp\e de ULoy dvvmc & de l'Evangile 6c ferviteur des ferviteurs 
de Dieu , tout autre fentiment eftant fuperbe, Antechrift , & apoftafie de l'humilité & de 
l'Evangile félon les Pères de TEglife* 

Mais au contraire la fin de l'Evefque Antechrift efhnt de dominer defTus fon Clergé , fa 
politique fe réduit à deux points. Le premier de violer les Canons & n'en faire obierver 
ue ceux qui ordonnent de luy obéir & de l'honorer , en quoy confifte la première partie de 
a vie criminelle. Le fécond en les violanr , ne foufrir aucun des remèdes preferîts pour ar- 
refter le cours d'an ù grand mal jmais fe faire un point d'honneur de les violera difere- 
tion &dele faire impunément, ou comme parlent les mêmes Canons, infolemment, qui 
eft. le comble de toute iniquité , & le grand chemin qui conduit à l'impenitence finale: 

Le bon Evefque a pour objet dans toute fa conduite, de fe rendre irrépréhensible félonies 
Canons , & s'il ne l'eft pas en quelque chofe , fouffrir d'eftre repris félon là règle des mêmes 
Canons. Mais le mauvais a pour principe de ne fe mettre pas en peine de cette irreprehenfi- 
bilite',mais feulement de faire en forte de n'eftre pas repris : s'il Teft, de s'en venger irrecon- 
ciHablement: s'il ne le peut par vérité, le faire par la voyede la calomnie: s'il ne le peut félon 
Jes formes canoniques , y employer contre tous les Canons par furprife l'authorité du 
ïuge feculier, tout renverfer, tout confondre,tout perdre plutoft que de fouffrir la correction 
fraternelle d'un inférieur, enfin régner, dominer dans fon Diocefe,comme en eftant Seigneur 
fpirituel, Prince de fon Eglife, Souverain dans fon Evefché fans rendre compte qu'à Dieu 
feul de toute fa conduite , expliquant en ce fens le paffoge de S-Cyprien , qui eft le feul Ca- 
non , auquel fa Grandeur , autant qu'elle peut , réduit tous les autres ■■ Habet omni* Efifcopta prd 
licencia libertatù &• poteflatù fux arbitrium proprium i &• qu'il faut attendre le jugement denoflre Seigneut 
lefm Chrift % (jui mm &foltu habet pùtefiatem & 1 prœponendi nos in Ecclefiœ fttœgttbernatione C deaBt* 
wfirojttdkandi* Ces paroles font ainli raportées dans la réponfede Monfeigneur d'Agen au 
FaBum des Réguliers de fon Diocefe. 

Et à la vérité poureequi regarde les cViofesqui ne font point réglées par les Canons ,ces 
paroles peuvent avoir un fens»conforme à lafainteté de S. Cyprien & l'ont en effet , mais fé- 
lon le fens de la domination des Evefques Seigneurs d'Eglife , qui en étendent l'explication 
contre les Canons à tout ce qui leur plaîft , & s'en fervent pour établir leur fouveraineté dans 
les Diocefes, elles ne peuvent avoir qu'un fensapoftat de toute obeiflance & véritable hu- 
milité, & contiennent une abjuration formelle de l'Epifcopat même félon qu'ilaefté infti- 
tuédelefusChrift. 

V I. 

Que les Canons font la Loy de toute l'Eglife félon laquelle les Evefques 
aufïibien que le Pape (ont obligez de gouverner. 

Car il eft certain, Monfeigneur , qu'encore que les Evefques ayent receu par leur caractère 
un pouvoir fans limites dans l'étendue de leur Diocefe, comme le Pape dans toute l'Eglife, 
néanmoins ils ne l'ont receu qu'à condition que l'ufage de ce pouvoir feroit réglé par l'auto- 
rité de l'Eglife félon fes Canons, toutainfi du moins que les Evefques prétendent dans la 






7 
réponfe au F*t£?Kw* des Réguliers d'Agen , fou même S; régler félon les Canons l'autorité du 

Pape. 

Et ils confirment cette fou mi (fi on de la puiffance du Pape aux Canons par le témoignage 

même des Papes , fit iexcomm unis Ecciefm Cathoïice , dit le PapeSylvcttre 11. kvanreiium, ^ipo- 

ftàli j prôfhett , Cmones ffiritit Dei conftitwti t & totittf mUndi levèrent!* cottfecrati s Ct> Décréta fedis 

^4bo^nUc£ ab t'a nondifeordantia. Us y ajoutent le témoignage de Grégoire VII. pag.2 . 

Et dans la page j.ilsraportentces paroles du Pontifical Romain, où l'Evefqueqnt doit 
cftre facré , eft auparavant interrogé en cette forte : Vis orthodoxomm Patrttmac Décrétâtes fancl* 
Sedis vdpoftolk& veneranter fufuipere , lacère aefervart ? Veux-tu recevoir , enfeîgner , obferver 
les Décrets des Papes & des faints Pères orthodoxes de l'Eglife? A quoy le futur Evefque 
répond, Wo, je le veux. 

Maislorfque les Réguliers les preffent fur ces paroles de déférer donc à leurs privilèges 
cmanezdel'authoritéfouveraine des Papes ,puilqu*ils ont juré & voué obeyffanceaux Dé- 
crets du.S. Siège. Nos Seigneurs ré pondent,il eft vray que nous leur avons Voué cette obeyf- 
fance, en tant que leufsDecrets fe trouveront contorrrtes auxfaints Canons & qu'ils n'y 
feront pas contraires , mais vos privilèges y font contraires , c'eft pourquoy nous n'y défe- 
rons pas. 

Mais qui jugera jdifent les Réguliers, fi nos privilèges font contraires aux Canons ? de 
vous , nos Seigneurs , ou bien de notre S. Père le Pape > c'eft à nous d'en juger , répondent les 
Evefques & non pas aux Papes. 

Sur quoy > Monfeigneur, vous me permettrez de faire cette réflexion, que fi les Evefques 
prétendent régler l'ulage delà puiffance fou veraine du Pape félon J es Canons, en ce qui re- 
garde leurs interefts , à plus forte raifon les Preftres ont ils droit de régler l'ufage de la puîC- 
fanceEpifcopale à leur égard fur les mêmes Canons, & leur obeyifanceà ceUe qu'ils font 
obligez, & les Evefques & eux de rendre aulfi bien les uns que les autres à ces mêmes Canons. 

Sur ce principe , Monfeigneur,quieftinconteftable ,à quoy tend ou doit tendre toute la 
politique d'un bon Evefque , finon à l'obfervation des Canons î puifque félon les Canons 
mêmes, le nom d'Evefque& l'honneur qui le fuit, ne leur appartient qu'à ce titre , & leur 
eft dénié quand ils manquent à ce devoir , quibm mferwt nomm Epifcopi y z.q. 7 . paragr. qmbm. 
Etque doivent prefeher les Prédicateurs dans lesDîocefes autre chufe, finon l'obfervation 
desfaintsCanonsî Quç. l'on invente, Monfeigneur , tant de dévotions nouvelles que l'on 
voudra, que l'on fe torme les plus beaux projets de pieté & fainteté Epifcopale que Port 
pourra s'imaginer, l'unique nece (Taire à falut fuifi tante , & feule admirable dévotion d'uni 
Evefque, eft l'obeiffance qu'il rend aux Canons le premier dans fon Diocefe,fans laquelle 
toute autre apparence de pieté n'eft qu'une fanfaronnade de dévotion &c une illuftriflfime & 
religiofilfimehypocrifiei 

Vii. 

Vœu folemnel d'obeyflance aux Canons fait par Monfeigneur l'Archevefqué 

de Rouen : leur violation eft un crime égal au Sortilège , à la Magie, à. 

l'Idolâtrie, au Paganifmej &une elpece d'herefie , qui mérite 

dépofition dans un Evefque. 

Vous avez juré , Mohfeigneur j comme rôtis les autres à voftre Sacre cette f>umiffion aux 
Canons , vous avez fait ce vœu d'obeiifance , mais outre cela vous Pavez ratifié & rendu 
folemnel d'une manière qui n'eftpas commune , & qui eft tout à fait digne d'une Grandeur 
Archiepifcopale comme eft la vôtre ^feante fur le thrône d'une Eglife Métropolitaine Mère 
ôcMaiflreffedetouteslesautresEglifesde la Eroviuce. Vous avez fait cette profeffion fo- 
lemnelled'obeyraux Canons par un MandemSat exprés, dont vous me permettrez de rap- 
porter icy les paroles vrayement Apoftolîques : Jgumadmodum ea eft Ecctefiaflict regiminis .fitmà 
confianfque lex , utcum àftatmit Patrum dcfleëiitur , non tantum ittorumprudenti^ atque fntentU t fed 
iffi quodamntvdo fidei &• Cdtholictdifciplinee irrogetHr injuria , ita nihil tam fanflutn tarn^ue venerabite 
eflac femfet fuit , quant penittis non difeedere ab îtinere maiorum ^quorum Canonica ïnftituta 'Velmiqtiit- 
dAmfundamentafuntftrendisfdeiiaiiaponderibm. Ce Mandement eft imprimé, Monfeigneur, Se 
fert de Preraceaux Statuts de feu d'heureufe mémoire MonfeigneUr François II. voftre pre- 
deceffeUrj & fut publié par V. G. l'an de la difpenfation du Seigneur & de l'Evangcliqué 
difciplineifi^j. de voftre Pontificat le deuxième, le 25. jour d'Oâobre. 

Et lifantees paroles Apoftoli que s, je foûti eus que S. Âuguftin nepourroit jamais mieux 



parler, Ceft une Loy , dites vous Monfeîgneur , fur laquelle fubfifte tout le gouvernement 
Ecclefiaftique , que s écarter de l'obfcrvancedes Canons, eft non feulement faire injure aux 
Pères de l'Egtife , qui les ont publiez , mais même en quelque façon à la Foy & à la difcipline 
Catholique. 

Il n'y a rien , dites vous Monfeîgneur , de fi faint & de fi vénérable que de ne pas s'en dé- 
partir en aucune façon que ce foie , parce que les Canons font les fondemens que l'on a 
jettez jfur lefquels feuls on peut foutenir le poids de la Foy & des obligations de l'Evangile, 
fans l'obfervation dcfquels par conlequent l'édifice de latoy même eft ruiné par les fonde* 
mens & tombe par terre. 

Peut-on jamais parler plus glorieufement de l'obfervation des Canons? Et peut-on rien 
dire déplus conforme à ce qui cft porté dans ces mêmes Canons ?c'eft un pechede Paganifmt y 
& pareil à celuy du fortitege & d'idolâtrie , dit un de ces Canons , de n'obéir pas aux Canuns 
8 i.rf//ï./* </»«/««*. Ne jugerez-vous pas de même } Monseigneur, contre un Evcfque qui lésa 
violes ? Et auCan.BHf/i difl.i$> il eft dit que celuy qui ne voudra pas obéir aux Canons, foit 
depolé & excommunié ^ipfo faBo ftt ruinx fut dotore proftratta , extorriiàfantlommiflerio^damna- 
tus kfittt&a & ~4poftoliat Ecdejîa , ac authoritate fua. de inobedientia de prœfumptione à quoquam cjfe 
non dubitatur 3 qma maioris excommumeétionis dacciione ejl abticiendus , cm fartcla Ecclejt* commiffa 
ftterit difciflititt , qui non folum pr&fatœfanBœ EccUftœ mjïionibus ftXrere debuit , fed etiam aliis ne prœteri- 
rent infinuare ->fitqm aiienus k divinis &> fontipcaïibui offîciis , qui nohtit frœceftis ~4po]ïolicis obttm- 
perare, 

Ceft à l'Evefque , dit ce Canon jquel'Eglife a confié le foin de faire obferver fa difcipline, 
& de commencer par luy même à en donner l'exemple , s'il ne le veut pas faire, qu'il foit 
excommunié &depofé, puifque perfonne ne doute qu'il ne foit déjà condamné & depofé 
par l'authorité de toute l'Eglife , & s'il perliite dans fa defobeilfance avec obllination , qu'il 
foit regardé comme un hevttique, dit la glofe incan* omnibus 24, q. 1. Contumax hmeùcM ejl 
judicandus , qui emm rebetliter vivit , & dijeere atqut agere bona rccufttt , magk diaboli quant Chrifli 
membrum cjj'e oftenditur, & pott'us infdclis quamfiddis ejfe monjlratHr $ 8 . dijî, nttilus - } parce que celuy 
qui fe rend rebelle aux Canons, fait paroiltre qu'il eft plutoft membre du diable que de 
Iefus Chrift & infidelleque ridelle. 

Voila les Canons, Monfeigneur ,fur lefquels vous avez formé voftre Mandement , & fur 
lefquels eft appuyée toute la Sainteté de l'fcglife & la conlervation même de la Foy félon 
V. G. ces Canons fonr admirables , Monfeig»,eur ,dnns la fpeculation , mais V. G. lesfuivra- 
t-elle pas dans la pratique & les prendra-t-elle pas pour règle de fon jugement § Ce font ces 
Canons , Monfeigneur , dont tout voftreDiocefe attend l'exécution après cette fanté mira- 
culeufe, que Dieu vous a rendue à la prière de fon peuple & de vos chers enfans , qu'il a 
accordée à leurs larmes & à leur amour, qu'il n'a pu refufct à latendreffe de leurs cœurs & 
à la fainte violence qu'ils luy ont faite, afin de l'obtenir. 11 vous a donné, Monfeîgneur, 
la fanté par miracle, afin que vous falfiez, comme vousdites , des miracles, vos peuples 
les attendent, Monfeigneur, &vos vœux en ce point ont répondu aux leurs, vos protesta- 
tions admirables à leurs defirs, & on peut dire que jarmis peuple n'a conçeu de plus grandes 
efperances , &c que jamais Evefque ou Arche vefque n'en a davantage donné. 

Mais permettez moy de vous dire , Monfeigneur, que les premiers fruits que l'on fe 
promet de ces efperances, & que l'on prendra pour prefages des autres à venir, font ceux 
que l'on s'attend de voirbien-toftparoiftre dedans noftre caufe i & qu'elle eft devenue af- 
fez publiquepourcela dans voftre Diocefe. On attend de V. G. Monfeigneur , que fans 
confiderer les raifons qu'elle pourroit avoir d'eftre favorable à MonfeigneurdeSeezàmon 
préjudice, vous n'aurez en veûe en cette rencontre que l'observation des Canons & que 
vous en ferez le premier miracle de voftre nouvelle vie. 

#u 

Deux manières de violer les Canons , la première contraire fimplement aux 
Canons , la féconde contraire aux remèdes mêmes inftituez contre cette 
première violation : Que Monfeigneur de Seez les a violez 
en tontes les deux manières. 

Ne vouloir pas fe foumetrre à ces Canons, Monfeigneur, c'eftherefîe , c'eft/«/«W/fc,c*eft 
fagwifmt > c' efi autant que wrf£(<? ^fartilege ,6c idoUtric } difent les Canons mêmes. Mais fup- 

pofé 



- 



9 
pofé qu'on les ait violez , s'oppofer encore aux remèdes établis contre leur violation , quef 

crime eftee donc 5 & comment peut-on le nommer ? Or je pretens., Monfeîgnenr , que Mon- 

feigneur de Seez a commis Pim& l'autre. 

Car pour le premier , Monfeîgnenr , quels Canons n'a-t-il point violez ou fpn- 
fert eftre violez dans fon Diocefe > il a enfeigné & foufert enfeigner des herelies mani- 
feftes ,qui eft-ce qui ne les voit pas ï il a étendu ledroitdedeportfurnos Cures quin'en 
av oient jamais payé s ilvaà lâchant à l'oyfeau & aux chiens courans, il joiïe publiquement 
aux certes 3 il fçait que fonPrevoft jolie publiquement aux dez , il elt prefent dedans fort 
Diocefe dans le temps que le Cli2ntrc de fou Eglife Preftte & première dignité du Chœut 
danfe actuellement au bal & y baife comme les fecu tiers après avoir danfé, au/fi bien qu'un 
autre Chanoine. Quel épouventablefcandaleeU-cela Monfugneur ? fa Grandeur ne ren- 
de point ,0c vifite point } ne prefche point , lî ce n'eft en litige dont les opérations ne attendent 
pointée (a dijiance des lieux , & de 36. lieues loin , comme dir Ion flateur autheur de.lès 7?f- 
fi?xions\ interpretantainfiavec derifion le* Canons de lareiulence perfonnelle & de toutes 
les fondions Paftorales qui y font attachées. 

Nonenit» in fola corports prxfcntia ftat Ecclcfïajlici fum'ma regîminis , autut'ttiteroculuspnefigttur, 
nîfimanus ovibusimpendarur , dit Monfcign-ur François il. voftre predeceffeur dans le premier 
article de fes Mandcmens publiez an Synode d'Automne en l'année 1647. La refidence 
perfonnel'ene fufitpas , dit-il , que diroit-il donc où cette reiidence même nefe trouve 
pas. Il nefufit pas 3 dit-il , de voir de fes'yeux les befoîns du troupeau , il faut y apporter la 
maîn. Que diroit-il donc 3 où le Pafteur ne daigne pas même les regarder ? Et que direz 
vous vous même , Monfeigneur , en jugeant Monfeigneur de Seez félon ces Canons ? ~dl 
ttoflram pervenit âudientiam nonnnlfas forenfes parochos y dum V et gratta viget apud nos œque ubique 
Canonica diftiplina , non Mm refidentes quant rejides ita fuis adeffe Ecclefùs , ut minime profint , immo 
plurimumobejfe videantur , facris fe altaribus fubtrahere , chrîjîiano poptdù Verbi denegare mimflerium, 
pœnitentium curamnegligere , curfitare per domos y venationes ^aliaqtte Sacerdotalï ftatui indecoraexer- 
citia fréquentât?, 

Qu'eufl^dit , Monfeigneur , ce grand Archevefque, s'il euft veu les premières dîgnitez 
d'une Cathedralle courir après les penfions Se les Bénéfices ? les aiffres joiier aux cartes 
& aux dez? les autres danfer & baiferdans lés bals > pas un Prédicateur qui prefche con- 
tre ces fcandales , parce que celuy qui euftpû prefeher contre eft en prifon ! l'Evefqnequï 
les foufre tous & quiencommet une partie ? À qui ett-ce à régler c.'s defordres au défaut 
de l'Evefquefmon à V. G. Monfeîgnenr, félon les Canons } puifque vous prefidez à l'E-* 
glife mère & maiftrelfe de toutes lesEglifes de la Province , fient in lue faneik metropolitanâ 
Ecelsfik omnium noflrx Vrovincis, Ecclefiarummatre ac magijlrâ 3 dit voflre fçavant Predeceffeur: 
Et fi vous ne lefaîtoez pas conformément à vos Mandemens mêmes en jugeant Monfeî- 
gneur de Seez , qu'en diroit-on ? 

Vt unufquifqUe parochus paupertim fiorumnomina defevipta habeat , eorumque faluti fréquent! prœdî- 
cations &> vifitiXtiont tanto jludiofiusinvigilet , quanto fretiofiora chrijii mmtbra funt y &• majoribws 
indigent auxittis y dît cet Oracle de la Province, maisque fert de dire, Monfeigneur , fi on 
ne fait ? Ces obligations ne font-elles que pour les Curez de Village? les Canons que 
nous afl lèguent les Evefques, n'ont- ils pas efté faits pour les Evefques? Et leurs Grandeurs 
fe peuvent-elles acquiter de tous ces devoirs en paifant leur temps à la Cour , fous prétexte 
qu'un flateur leur dira qu'ils font des ^inget , dont les opérations ne dépendent point de ta dijlance des 
lieux. 

*Aâ audientiam ^irchiepifcopalem perlatumefl quofdjtn Clencos falsâ honeftatis fpecie deceptos eo //- 
cent'tie deveniffe , ut negleBo officïo ?>el ctrte pr<ecipitanter txpleto y dies noSiefqite "venationihus , Ittdh 
aut comejfatiôtiibus impendere non erubefeant , taies admonentur ut condition! s fiix aç div-noritm indicto-- 
rum memores , otium &> t/oluptates vit& fusant , bibliothecham ajîiduejrequentmt , aliifque fer lis opeïi- 
bus fe extrceant ,ne t/erointolerabtlis ille abuftvs latiùs ferpat , aut diutiùs vigeat , omnibm & fingulis 
pr*pofitis prœcipîtuir ,utauthoritatefibt conceffa hujufmodi fervos inutiles ad f>urœ mentis objequiumVeo 
débite perÇaLvendnin % &i temporis , cuius iai~huratn£ft{mabîlis cenfert débet , rationem reddendamcanO' 
nicè compelUntt 

Vn Pape, Monfeignèut, pârleroït-il mieux \ mais qu'euft donc dit ce grand ArchevcfquC;, 
s'il euft veu luy même un E vefque aller à la chaffe,pafler fouvent une grande partie des jours 
& des nuits à joiier ? ces abus qui font félon luy intolérables en des Preftres, font-ils de 
grande édification en des Evefques? la perte du temps qui eft inettimablè dans le jeu des 
Pteftres jeft-elle precieufe & fainte dans les j eux des E vefque s ï tous cesCanons, Monfei- 
gneur, n'ont-ils efté faits pour eftre obfervezquepardes fimplesPreftres & les Curez, delà 

C 



10 



? ! 



ï 



Campagne î Et tous ces grands orages d'excommunications qui grondent dans les Décrétâ- 
tes, épargnans les Cèdres du Liban ne tombent-ils dans le champ 'de l'Eglife que fur la 
menthe & Iecoumin? 

11 eft donc confiant , Monfeigneur , que Monfeigneur de Seez viole ces Canons , & qu'il 
en foufre la violation publique dedans fon Diocefe, $c qu'ainti tous les Canons alléguez 
jufqu'à prefent font pointez contre lu y, comme toute fa politique dirige fes intentions con» 
tre eux, Se renonce publiquement à cette première partie de leur innocence Ecclefiaftique. 
Mais il n'en eft pas encore demeuré là ,car comme dans les Canons mêmes il y a des remèdes 
ordonnez pour en punir la violation ,enarrelter le cours & pour en rétablit l'obfervance , le 
dernier accède rébellion contre leur authotitéfacrée eft non feulement de les violer, mais 
d'en violer les remèdes, & ne fe contenter pas d'eftrereprelu'nùble , mais ne vouloir pas 
eftre repris , félon qu'il eft preferit par les Canons. ^ 

IX. 

Que Tunique remède contre la violation des Canons eft l'aceufation des 
Evefques ; Que ce remède a efté violé par Monfeigneur de Seez. 

Car quel eft le temede étably par l'Eglife, Monfeigneur , contre la violation des Ca- 
nons , fttvonla cotreétiou fraternelle , ou L'accu fatîon ou dénonciation juridique ? Or c'eft 
contre ce remède facréque Monfeigneur de Seez a mis en ufagetous lesfecrets de fa chica- 
nerie & de fa politique, toutfon crédit & la violence de fon pouvoir. Car m'étant hafardé 
de luy demander interprétation de fon Mandement 3 & à fon refus vous en demander laCen- 
fure, & dans la Lettre que je vous écrivis à ce fujet, ayant en pafTant touché quelque chofe 
dc\a violation de ces Canons ; c'a efté affez & il n'en a pas fallu davantage pour me rendre 
digne devant fes yeux de tous ies etfets de fa colère & de fa vengeance. Pour cela par fur- 
prife & fur faux énoncez on a obtenu Lettres de cachet fur Lettres de cachet , exils fur exils, 
emprifonnemensfur^mprifonnemens, qui après fix ans de perfecution actuelle durent en- 
core , & vrayfemblablementne finiront pas avant la fin de la vie de l'un ou de l'autre , fi 
V, G. n'y met ordre félon la règle des Canons. 

Cependant , Monfeigneur ,qu'ay-je tait, &dequoy a-t-il efté queftion jufqu'icy ? le 
jfeul crime que Ton m'impute eft d'avoir aceufé mon Evefque & prefché centre un Char- 
latan; lî jel'ay aceufé à faux ou avec juftice , c'eft dequoy on ne s'informe pas encore, mais 
feulement pour avoir efté affez téméraire, infoUnt , impudent, effronterie, d'avoir aceufé mon, 
Evefque, ou de l'avoir voulu corriger fraternellement ; j'ay commis un crime que ûk ans 
d'exil & vingt mois de prifon n'ont pas encore commencé d'expier. 

Voyla, Monfeigneur, ce que j'appuie de la part d'un Evefque le dernier excès contre 
les Canons , & le mal incurable de l'fcglife, à V.G. permet qu'il foit impuny. Violer les 
Canons , Monfeigneur , avec mépris, elt un paganifme & une infidélité femblable à celle de 
la magie & de l'idolâtrie. Qne ce péché exécrable lie foit rien , je le veux , mais porter ce mé - 
pris jufqu'à fe venger contre les remèdes \ & pour fc venger furprendre la religion du luge 
feculier , comme pour faire infulteàtoutel'authorité de l'Eglife, c'eft , Monfeigneur ,ce 
qui paiTe toute autre extrémité , & ce qui mérite ^ulfi des remèdes de même. 

le dis que l'unique remède que les Canons ont étably dans l'Eglife pour arrefter la licen- 
ce que Ton fe donne de les violer eft la voye d'aceufation contre les violateurs tels qu'ils 
foient , & que ce remède eft peut-eftte aujourd'Liuy le feul dont l'Eglife a befoîn, & le plus 
prelTant pour ce qui luy refte de langueurs & de mal à guérir. Les plus habiles politiques ont 
marqué dedans leurs difeours !a necefiité desaceufations pour le gouvernement des Etats & 
desRepubliques: LeFilsdeDieu en a commandé la pratique &l'ufage en S. Mathieu, ci 8. 
Tout le Droit, Monfeigneur , eft plein de pareilles difpolitions , c'eft pourquoy je me conten- 
teray de ra pot ter un feul Canon à V.G. qui fur ce fuj et me me eft un témoignage de la mo- 
dération que l'Eglife a voulu apporter en faveur desEvefques, 

tes faints Pères , dit ce Canon , ont fiatué de n admettre fas facilement vne eceufatien contre un 
Evefque ^de peur <jue les colomncs eftant ébranlées , tout l'édifice ne tombaftpdr terre, Voyla cequipa- 
roift dedans ce Canon de favorable pour les Evefques , mais ils ont néanmoins tellement 
pourveu à ce que les Prélats ne fuflent pas aceufez avec injuftice,que pour cela ils ne demeu- 
raient pas aufll en liberté de pécher avec infolence. Verum jta volnermt frowidere Prtlatïs ne 
criminitrentttr înjuftè , ut tamtn caverent ne delinquerent infclenitr. 



Il 

Or quelle précaution ces Pcrcs ont-ils apportée contre l'un & l'autre de ces exçez., contra 
morbmn utrumquc invenientes medtcinam cQngruam , videlicet ut crimindis accujatio ni fi légitima pro- 
cédât infcrtptio , nulUtems admittœtur : Le remède que l'Eglife a inftitué , dit ce Canon , contre 
les accufations des Prélats d'une part , & leur inîblence de l'autre , eft d'obliger ceux qui les 
accufent , de donner leur accufation par écrit, Can,quatiter , Extra deaccufat. 

Il eft donc permis pat le Droit,, Monfeigneur ^ d'accufer les Evefques pourvu que ce foît 
par écrit , & jerapporteroîs aifément les paflages , par lefquels il paroit que non feulement 
il eft permis mais utile, & non feulement utile, mais commandé par l'Eglife & par Dieu 
mêmej par laLoy naturelle & par la Loy de l'Evangile , que cette manière d'aceufation a 
elle pratiquée de tout temps ,quoy que non toujours par écrit , par tous les Saints, file heur 
Burdin n'avoit entrepris de mettre au jour cette vérité dans route fon étendue dans fa 
KequeOeà Meffeigneurs les Evefques députez par fa Sainteté luges entre luy & Monfeigneur 
deSeez, mais il feroit inutile icy de le prévenir , puifque dans la vérité ce n'eft pas une ehofe 
tjni puilfe eftreconteftéefinon par de certains dévots ignorans oudodtes dateurs qui envi- 
ronnent les Evefques, qui font bien les plus grands & les plus cruels ennemis de la véritable 
pieté , mais qui ne font curables par aucunes raifons,, parce que la pamon qu'ils ont pour 
leur intereft les rend incapables de touu 

X. 

Qge les Canons ont inftitué Paccufation des Evefques 
pour reprimer leur infolence. 

Ce que j'ay donc feulement à remarquer icy fur ce Canon ,'Monfçigneur, eft qu'il a efté 
dicté par leS. Efpriten faveur des Evefques ne delinquerent infotenter ^zBnqa'ik ne vech^ftent 
pas contre les Canons infolemmenti. Or qu'eft-ce à dire , Monfeigneur , infolemment,finon 
publiquement, a vechardieffe, fans crainte de Dieu ny refpectpour les hommes? fous pré- 
texte qu'ils font Supérieurs , comme étant au deflu s de toute correction & certains de Pim* 
punité félon cette parole de S. Ierofmc , Mfifcofm ficwvwitwjm fmitur , piéprifans ainfi des 
ïoixdefarmées, qui né peuvent ja mai s eftre exécutées contre leur Grandeur , ne delinquerertt 
infohnter. Pour moy je ne conçois pas autrement le fen s de ce terme infolenfer^ ou d'info le nce 
d'Evefques , finon par ce mépris des Canons en les violant. Ej ce crime a paru fi grand à 
Pfglife quejetrouve dans PHtftoire un Evefque o*e Mets fufpendu & excommunié parle 
Pape, non pour autre crime que pour fon infolence , les Abbez de la Ville en ayant porté 
leurs plaintes à fa Saintetéi Cet Evefque infolent fe nommoi*. Guillaume de Treincl, 
qui ob infolentiam eim ^onquerentibus de eo ^nbbatibus civitatis Mttenfis Domina lAp«^ ah officio &* 
bénéficia fufyendituY & excommwicatur,. 

Or quelle infolence peut eftre plusgrande que celle , qui noo contente de violer publique- 
ment les faint s Canons, fans refpectpour l'Eglife, dont ils (ont les loix ,ny pourleS.Efprit 
qui les a diâez, s'élève encore conrre les remèdes inftituez par l'Eglife même pour fe dé- 
fendre de cette violation , & leur fait infulte d'une manière la plus fcandaleufe qui fut 
jamais. 

C'eft,Monfeigneur ,cequeMonfcigneUr deSeez a Fait jufqu'icy fix ans durant par une 
violence qui dure encores le Pay acculé devant V. G. d'avoir en feigne une herefie , dans la- 
quelle même étoit renouvelée celle des cinq Proportions , je ne Pay point fait avec calom- 
nie , fon Mandement eft imprimé, je n'en ay point perverti le fens malicieufement , comme 
il dit , puifque Je ne lny donne que le même fens qui luy a été donné par PAutheur des 
Jteflexions qui aété choiù pour l'interpréter Se lefoutenir. l'ay touché en paffant quelques 
autres articles qui regardent la violation des Canons , mais tous publics , & que Monfei- 
gneurdeSeezn'ofera jamais defavoûer , lorfqu'il fera ouy fur articles. Le remède que l'E- 
glife a trouvé à là violation des Canons contre les Evefques eft Paccufation juridique, ne 
delinqnerentinfolcnter t & de ce remède on m'en fait un et ime. 

Et pour -ce crime prétendu, qui feroit de pure difeipline Ecclefiaftique, s'il étoit véritable,' 
on prend contre moy des Lettres de cachet furprifes fur de faux énoncez , on me met èa 
prifon, on donne contre moy des Articles àun CommivTaire & luge feculier., on me fait 
interroger par luy fur ma foy. Ce n'eft pas moy ,Monfeigneur, qu'on traite de la forte, je 
faûtiensquec'eft toute l'Eglife , à laquelle un Evefque fait cette infulte dans ma perfonne, 
fous prétexte delà défendre, comme fi c'étoit une chofe fans exemple dedans l'Eglife de 
voirun Evefque aceufé par unPreftre , & comme fi cette accufation fans autredjfcuffion ny 



12 







Sentence Ecclefiaftique le rendoit digne d'eftre livré au bras feculier par provifion & chaftié 
de ces dernières peines. 

X I. 

Que c eft une chofe ordinaire de Voir dans l'Eglife des Evefque accu fez par 

leurs inférieurs i oc punis. Exemples de vingt-deux Evefques acculez 

defquels il y en a deux Evefques de Seez. 

Quoy , Monfeigncur , eft-ce donc Une chofe fans exemple dedans l'Eglife > de voir ua 
Evefque accufé par un Preftre? Y a-t-il rien de plus commun ny de plus fréquent dedans 
nos Hiftoires ? Mais un Preftre exilé, emprifonné fur de faux énoncez &fous prétexte de 
juftice 3 quoy que le feu 1 véritable motif de fa perfecution ne fuit autre, fmon d'avoir accufé 
fon Evefque,, precifémenr pour l'avoir accufé , avant que fun Evefque accufé foit purgé ca- 
noniquement! le dis que c'eft une violence de la part de cet Evefque, dont il aura peine à 
trouver des exemples , & qui étoitrefetvée à la pure chicanerie de Monfeigneur de Seez & 
au defefpoirdefa cauïe qui l'atranfporté jufqu'àrenoncer à la iurifdicVion Ecclefiaftique, 
fansconfidererlafaoglante playe qu'il faifoitencelaà toute L'Eglife, & le mauvais exemple 
qu'il donnoit aux fiecles à venir, le dis , Monfeigneur , que cette violence aura peine à trou- 
ver des exemples , bien que noftre hiftoire foit pleine au contraire d'exemples d'Evefques 
accufez par leurs inférieurs & punis même à leur uourfuitecanoniquement, oc pour me re- 
trancher dans la feule étendue de noftreEglife Gallicane fans en chercher ailleurs, laiflant 
au fieur Bordin à en raponer de toute la terre , dans la Hequefte qu'il addrelTe à fes luges. 

le puis commencer , Monfeigneur, fi V- G. me le permet pour la iuftification de ma con- 
duite, de la condamnation de celle de Monfeigneur de Seez dés l'année 419. par l'exemple 
d'un Evefque de Valence accufé del'herene des Manichéens devant le Pape Boniface I. par 
les Clercs de fon Eglife , mais je ne voy point que cet Evefque ait fait emprifonner fes 
Preftres par Lettres de cachet fur de faux énoncez. Cet Evefque ctoitMaximeI.de ce nom. 

En l'année 43?> Armentarius étoit Archevefque d'Ambrun , il fut aceufe & depolé à 
caufe que par une infolence lai que iIavoitperfecutéfonEglife,& même commis quelque roeur- 
rte, mais fes aceufateurs ne furent poinr par provifion emprifonnez à fa pourfuite^ 

En Tannée 540. Saffaracus étoit Evefque deParis,ilfutaccufc, dépofé & reclus dans un 
Monaftcre pour faire pénitence 3 mais on ne lit point que fes aceufateurs par provifion ayent 
efté mis en prifon fous de faux prétextes. 

En l'an 8 71. H inemare étoit Evefque de Laon. ïl fut accufé pour la féconde fois d'avoir 
ufe'trop légèrement de l'excommunication , & d'autres excez, il fut dépofé , retenu deux 
ans prifonnier , aveuglé , &bien que fa depôfition ne fuft pas enfuite approuvée duPape 3 
nous ne voyons pas que fes aceufateurs ayent été punis par provifion. 

En l'année too^, Thierry de Luxembourg étoit Evefque de Mets. II fut accufé & interdit 
jufqu'à ce qu'il fe fuft purgé : & nous ne voyons point qu'il ait employé le crédit qu' il avoit 
auprès de l'Empereur contre fes aceufateurs , quoy qu'il fuft frère de l'Impératrice. 

En l'année 10 28. les Chanoines de Chartres aceuferent PArchevefque de Sens , de ce 
qu'il leur vouloit douuer un homme idiot pour Evefque: ôc nous ne voyons point que cet 
Archevefque ait obtenu contre eux de Lettres de cachet. 

En l'année 1049. Yves de Bellefme Evefque de Seez fut accufé au Concile de Rheîms 
devant le Pape Léon IX. d'avoir brûlé fon Eglife Cathédrale , quoy qu'il l'euft fait innocem- 
ment. Néanmoins le Pape qui n'eftoit pas perfuadé de cette innocence, luy reprocha cette 
aûion avec des termes dignes de mémoire. Qu'as-tu fait, luy dit-il, perfide ? quelle punition 
ne mérites tu pas d'avoir ofé brûler ra merc ? ^jdfecijii perfide? qua iege damnari debes s qui 
matrem tuam cremArt aufus es ? 

Qujeuft dit ce Pape, Monfeigneur , à Monfeigneur de Seez , qui a découvert la funne , & 
changé fon plombenardoife ï Yves fejuftifia tant qu'il put enprefence duPapeSc de tout 
jeConcile , &luy fit connoiftrele malheurpar lequel cet accident eftoit arrivé :mais cela 
n'empefcha pas, Monfeigneur, qu'il n'en receuft une pénitence publique enjointe parle 
Pape ,quifervira d'exemple à la pifterité. Car il luy fut enjoint de faire le voyage delà 
' Terre-fainte & de rebaftir fon Eglife à fes propres dépens : ce qu'il entreprit avectant de 
magnificence, qu'elle fut plus de quarante ans à eftre mife en l'eftat qu'elle eft. Il pouvoit 
faire cette dépenfe , Monfeigneur, car il eltoit grand Seigneur de nailTance & parent de 
grands Seigneurs, qui tous contribuèrent à l'acquîter de cette obligation. Il eftoit grand 

Seigneur: 



Seigneur, Monfeigneur , & c'eft pour ce fujet qu'on Wsy ïmpoCi une grande pénitence, mais 
aujourd'huy quand on elt grand Seigneur , on le fertde c^tteraifon pour éviter les plus peti- 
tes , cet Evefque grand Seigneur , Monfeigneur , fe vengea-t-il donc de fes accufateurs? 
nous ne le voyons pas, nous ne lifons point qu'il ait ufé contre eux de Lettres de cachet , il 
eftoît néanmoins Evefque de Seez , il eftoit Comte deBsllefme , il eftoit puiffant , que 
voyons nous donc de luy, Monfeigneur? rien autre chofe linon que le plomb de .noltre 
Èglife fut un fruit de fa véritable pénitence. Par quelle vertu donc contraire à cette péni- 
tence elt- il arrivé qu'il ne neparoiit plus ? 

Ce pénitent Evefqueelloit innocent du malheur , dont il voulut faire la pénitence, mais 
ilcrutqu'un véritable grand Seigneur ne devoir pas élire même malheureux impunément, 
quand Ion malheur fe irouVoit contraire aux ïnterefts de Ion Eglife , il crut que ce devoit 
.eftre un allez grand crime pour luy , que fon fcglife dans le temps de fon Pontificat ei'ltefté 
malhcuieufe , il convertit fon infortune en magnificence , & la couvrit d'un plomb que 
nous ne voyons plus. l?ourquay donc, Munleigueur , & par quelle autre pénitence ne le 
Voyons nous plus ? 

le veux que Monfeigneur de Seez fait innocent de ce malheur , qui a fait difparoiftre 
le plomb de noftre Eglife,, mais peut-on m'empefeher de dire, pourquoy ne le voyons nous 
plus? je veux que fa Grandeur s'en puifle juLifier devant la voltre : je veux qu'il vousfniTe 
connoiftre queTEglife de Seez eftoit pauvre , qu'il n'y avoir pas d'argent pour reparer fon 
plomb , que les héritiers de fon predecefïeur ne luy âvoient pas laille pour le reparer une 
ïomme de 20000, livres qu'il n'avoît pas aflezpour ceîa du revenuque le Chapitre luy a 
donne à cet effet , que la Confraivie même de faint Gervaîs , dont l'argent le recueille 
dans toures lesEglifes Paroitlialesdu Diucefe pour y contribuer , ne le fafle pas allez abon- 
damment : quedansla neceflité où il a efté de changer ce plomb en ardoife, il y a obfervé 
toutes les formalitez;prelcrites par les faints Canons , qu'il aaffemblé fort Chapitre , appelé 
Je Syndic de la Ville & Procureur du Roy ,quiavoknt iutereft à cette réparation, pris leuc 
avis 6c leurconfentemcnr par écrit , pris celuy de deux ou trois Evefques de la Province. le 
veux que ce plomb ait difparu avec toutes ces folemnitez , néanmoins , Monfeigneur,, 
pourquoy ne le voyons nous plus ? Et pourquoy au contraire en ayant demandé la raifon, 
nous mêmes ne nous voit-on plus i pourquoy fommes nous en piilotv t Eft-ce afin que ce 
pauvre plomb le trouve tellemeutcttacé de la mémoire même de tous les hommes, après 
avoir difparu à leursyeux, qu'il n'en demeure pas un feulde ceux qui l'ont veu, qui ofe 
en demander des nouvelles aax autres: 

Yves de Bellefmeen a-t-ilufcdelafortej Monfeigneur? aufii alturcment y a-t-il bien 
delà diference entre un Evefque qui a cou vert fon Eglife de plomb &c celuy qui l'a décou- 
verte» mais pourfuivons s'il vous plaift nos exemples. 

En l'année 1090, le Clergé de Beauvais fe plaignit au Pape Vrbain II. de fonEvefque 
nommé Foulques , & l'aceufa de plulieurs crimes, lans qu'aucun en full exilé par le relfen- 
timent de cet Evefque;. 

En l'année 109 5. HumbauldEvefque de Limoges aceufé devant le même Pape fur dc- 
pofé , & les accufàteurs demeurèrent en paix. 

En l'an 11 12. Vuâldric eftoit Evefque de Laon, il fut aceufé par fon Clergé devant le 
Pape , & par un discours public , il fut dit contre luy en prefence de fa Sainteté, que c'étoit 
unEvefquequi fe plaifoit à parler des chofes delaguerre,de lachaffe & des épreviers,ce qu'il 
avoit appris à la Cour ,-rff rébus miiitaribtts &>acci pi tribus loquigratvm lubwerat , que c'eftoitun 
Evefque fier , arrogant & prcfocnptueux , çrotervus &* ^[umftnofm : Et parce que dans le 
diferent qu'il eut avecfonArehidiacre, il excita beaucoup de troubles parmy le peuple,fur 
lequel il vouloir exiger de l'argent , pour ces raifons il fut fufpendu parle Pape , enfuire de 
quoy enfin ce malheureux Evefque fut tué par ce même peuple , l'hiftoire de fa mort eft trop 
longue, & la mémoire trop infâme pour la raporter. Mais quoy qu'il fuit fort bien à la. 
Cour , fefetvit-il contre fon Archidiacre de Lettres de cachet î il n'en eft fait aucune men- 
tion. 

En 1142. Elie eftoit Evefque d'Orléans , il fut aceufé devant le Pape par fes Chanoi- 
nes & fut dépofé , quoy que le Roy Louys le leune intercédait pour luy : mais on ne lit 
Point non plus qu'aucun de ces Chanoines fuit emprifonné par provilîon. 

Mais nous avons encore vers l'année 114s- un exemple digne de mémoire entre les 
Evefques de Seez, c'eftdeGirard IL que faint Bernard dans fon Epiftre 24. 7-. qu'il addref- 
fe au Pape Eugène IIL appelé VutpccttU Sagienfs : Ce fin matois d'Evefquede Seez, cerefé, 
ce renard , dont ce Saint fait le pourtrait après le naturel , &i le reprefente avec des 

D 



couleurs fi vives & fi parfaitement bien appliquées, que la pièce mérite d'eftre veuc par les 
curieux , car entre fes autres belles qualitez, il fait voir cet Evefque fi parfaitement maî- 
tre de foy pour jouer tel perfonnage qu'il luy pi aîfoit, qu'il commandoit même à fes larmes 
& pleurait quand il vouloit. Vn Evefque, Monfeigneur , qui pleure quand il veut ' & qui 
veut pleurer par exemple dans un Synode, ya-t-il homme fur la terre, qui n'y fuft farprîs 
& qui s'en peuft défendre? c'eft ce qui obligea faint Bernard à prévenir le Pape , & l'aver- 
tir qu'il feprift garde fur tout de fes larmes & de fon vifage de pitié. 

Cet Evefque Girard fut donc accufé par fes Chanoines devant le Pape, de ce qu'il vou- 
loit détruire le bien que fon Predeceffeuravoit commencé. Pour s'en défendre , Monfei- 
gneur, il évita fes luges, commeafait Monfeigneur deSeez autant qu'il a pu , & c'eft dit, 
laint Bernard en parlant au Pape, lurquoy j'ay une conjecture à vous propofer : Car da- 
tas fibi judicesdcclina'Vk &C. JRefiat nibîl ait ai fuffica.ne.tim quam fugîffe hominem fubdohm accu fan- 
tium multitudinem &C. Pourquoy , dît ce Saint, cet Evefque a-i-il refufé de répondre devant 
les luges qui luy ont efté donnez fur le* lieux? je veux qu'il ne foit pas coupable ; mais cette 
fineife & cette rufe ne le rend elle pas fufpect d'avoir voulu par là euiter la multitude dés 
perfonnes quil'auroient accufé. Qu'euft donc dit ce Saint, Monfeigneur, fi cet Evefque 
euft eurecoursaux Lettres decachet , s'il euft evire d'eftre interroge fur articles , & d'ac- 
cafe'qu'il eftoit, s'il euft trouvéce fecrer de chicane , de fe rendre aceufateur ? Cette rufe, 
Monfeigneur, eftoit refervée à un plus fin que luy. Cet Evefqueevitadonctant qu'il luy 
fut pofhble de rendre raifon de fesa&ions: niais enfin fe vengea-t-il par Lettres de cachet £ 
il n'en eft pas dit un feul mot. 

11 eftvray que le Prieur du Chapitre , qui eftoit lors, ce que nous appelons aujourdhuy 
Prévoit, & qui eftoit un honnefte homme, d'un elprit ferme & vigoureux , qui acrioris inge- 
Mi'credtljatftr , ne croyant pas pouvoir en confeience fou trie les injures de fon Eglifel& fe taire, 
e> ad injurias Ecclefiœ non fihbat ex confeientiâ , fut chingé par cet Evefque Girard , parce que 
ce Prieur n'eftoitpas un valet flateur, qui voulut par un filence honteux devenir compli- 
ce des crimes & des voleries de fon Evefque , & pour ce fujet cet Evefque trouva moyen 
de mettre en fa place un fat & un idiot , Epifcopus Priorem conflituit idiotam , afin de s'emparer 
en fuite fans contradiction des biens du Chapitre, ut tocttm fttppleret idiot*, &• bon* torum i» 
vfu4 proprios fine contradiBione convtrteret , dit Arnoul Evefque de Liiieux , écrivant contre 
ce Renard & ruféufurpateur. Mais enfin ce Prieur ne fut ny exilé ny emprifonné par pro* 
vîfion , ny le bras feculier imploré contre luy fous prétexte de lanfenifme : fon EvefquÊ 
chercha dans l'ordre de l'Eglife quelque voye de le faire changer de place quoy qu'avec 
injufticc , néanmoins fans y employer fon crédit à la Cour. 

Nous ne fommes donc pas , Monfeigneur, fans exemples dans noftre Eglife même fur lef- 
quels vous puilfiez juger quelle eft la conduite de noftre Evefque à mon égard, il y a eu d'au- 
tres Evefques de Seezaccufez auflî bien que luy , il ne faut que voir s'ils fefont défendus de 
même. 

En l'année ii po. EliedeMalemorr eftoit Arche vefque de Bordeaux ^ il fut accufé par fofi 
Chapitre devant le Pape j dont il eftoit Lcgat-, mais, on ne lit point qu'aucun Chanoine en 
fuft emprifonné. 

fen Vannée i ai <j. M a cher us eftoit Evefque de T oui & parvenuàl'Ëpifcopatparun crime, 
ilfutaccufé par fes Chanoines qu'il eftoit dimpateur des biens de fon Eglife, enfuite depofë 
par le Pape , & pourconclufion étante ha fleur il fut tué &c enterré , couvert de pierres dans 
unefofle ,oùil avoit accouftumé de prendre à lachafle des belles fauvages dedans un bois, 
digne fepulture d'un Evefque cha fleur, mai s fes accu fat en rs n'en fou riment aucun mal. 

En l'année 1214. Bernard II. eftoit Arche vefque d'Aufch, il fut accufé par (es Chanoines 
devant le Pape Innocent III. qui luy ordonna de fe purger par le témoignage de cinq Evef- 
ques fes voifins , qui puflent attefter fon innocence par fer mens fur les faints Evangiles otl 
fur lesReliques de quelque Corps faint ,ainfi qu'il eft ordonné par les facrez Canons pour 
tous les Evefques qui ont befoin de cette purgation , & s'il negligeoit de prendre ce remède, 
qu'il fuft depofé , mais cependant fes Chanoines demeurent à couvert de toute vengeance. 

En [283. Arnauld Evefque d'Acqss'eOant empare par violence des biens de fon Chapi- 
tre, un Chanoine dépuré le pourfuit devant le Pape, qui l'oblige à la reftitution çanonko 
^éqHtnfifortiter agents. Si ce Chanoine euft elle emprifonné par provifion,eiift-il pu agit 
pour le bien de fon Eglife? Il fauteonfefter qu'onn'avoit gueres d'efprit en ce temps-là att 
prixdeceluy-cy ,ou bien que l'Eglife eftoit bien moins efclave. 

En 13 17 MaiftreHugoGerardi Evefque de Cahors fur accufé devant le Pape Iean XXL 
de crimes pour lefquels il fut dégrade , livre enfuite au bras feculier } condamné à eftre écor- 



I> 
chc tout vif 3 traîné fur laclaye & brûlé , fi fes accufateurs euffent eflé emptifonnez , ce mi- 
ferable nefeferoit^il pas trouvé innocent ? 

En tjaz. les Chanoines de Langres obtiennent Arreft contre leur EvefqueLouys & le 
font condamner à cinquante- fi x mil livres , ils n'eftoient pas 9 fans doute , exilez pour lors 
par proviltonk 

En 1427, le Chapitre d'Acqs fefit délivrer de robeyflance& jurifdiftion de fonEvefque 
nommé Bernard de la Plaigne s qui eftoit même Cardinal, à caufe des cruautez qu'il exerçait 
contre fes Chanoines: SiceCardinaleufteul'induftrie & larufe défaire emprifonner par 
provifion une partie de fes Chanoines fur quelque faux énoncé, il feroitbientoft venu à 
bout des autres , il leur auroit bientoft fait ïîgncr tout ce qu'il auroit voulu contre leurs 
confrères. 

Mais fi nous avons trouvé tant d*exemples pour Monfeigneur de Seez dans les Evefques 
prcdccelTcurs de fonfiecle, n'en pourrons non s point trouver quelqu'un qui ait même porté 
funnomj&quiferveàl'irlducîion que nous prétendons tirer contre luy ? 

En 154?. l'Evefqued'Oleron fe nommoit Gérard RoufTel , il eftoit Cal vînifte dans l'ame 
& favorisant politiquement l 'hère fie de Calvin, ce qui fit qu'un jour eiïantallé prefcher 
luy-même en la ville de Mauleon pour le retranchement des Feftes , & méfiant plufieurs 
herefiesdans fa predicarion, un nommé Arnauld prefent à cette prédication s'approche de 
JaChaire,& à grands coups de hache abbat & la Chaire & PEvefque, qu'il laine à demi 
mort :furquoy ledit Arnauld aceufé au Parlement de Bordeaux , fut renvoyé libre de cette 
aceufation, parce que contre l'herefie comme conrre les ennemis publics on n'a point de 
mefure à garder , tout homme eft foldat légitime félon cette parole de Tertullien , *rfivtr- 
fus fwblicos hofles brunis hofno mites. 

Enfin en 15 51. TEvefquedeTroye Antoine Câracciolieftant Huguenot, Iacques Guille- 
ma Doyen du Chapitre luy refiftâ publiquement & genefeufement , fans eftre exile ny em- 
prisonné, mais laiffantfa mémoire en bénédiction aux ficelés à venir. 

D'où vient donc aujourdhuy , Monfeigneur, que d'avoir aceufé un Evefque, c'eft un fi 
grand cnme ,que les exils & les prifons mêmes ne fuffifL-nt pas pour l'expier ? eft-ce que le 
droit ou les prétentions des Evefques font plus grands à l'impunité que jadis ï eft-ce 
qu'ils veulent au jourdhuy & tout faire & tout dire fans eftre repris ? eft-ce qu'ils font par- 
Venus à la fouveraineté del'Eglifc où ils afpiroient depuis fi longtemps , & qu'ils ont établi 
leur domination abfoluè' fur noftre entière fervitude ? Eft-ce que pour affermir ce nouvel 
empive il faut desjexemples tragiques afin d'épouventet le refte des Preftres, dans lefquels 
onpourroit voir encore refpirerl'efprit de noftre ancienne liberté, & achever de l'étoufer 
par quelques ex coûtions éclatantes dans chaque Diocefe^éft-ce là , Monfeigneur , la politi- 
que d'aujourdhuy ou la dévotion nouvelle & anticanonique ï 

ILmefemble, Monfeigneur, qu'il n'y a que les Roy s , quiétantabfolusne rendent compte 
qu'à Dieu feul ,& ne peuvent eftre aceufez par leurs peuples , parce qu'ils font Roys. Les 
Evefques font-ils donc devenus des Roys dedans leurs Diocefes > & ne peut-on plus fans les 
offenfer , leur alléguer ces paroles du Fils de Dieu , Rtgcs gentium dominmtur eorum , *>tw auttm 
non fic t ny fans fe rendre criminels de leze Majefté EpifcopaleJ Avons-nous plus d'un Roy 
en France, Monfeigneur i En avons-nous autant que nous avons d'Evefques? fi cela n'eft 
pas , Monfeigneur , & ne peut eftre prétendu par aucun que par tyrannie, pourquoy lesEvef- 
quesne veulent-ils donc plus eftre accufables > le dis les Evefques Seigneurs & dominateur* 
du Clergé, Monfeigneur , le ne parle pas des bons Evefques que je révère, & que j'adorerois 
qualï bien de refpect &i de l'amour que j'ay pour eux , car en effet fi l'adoration n'eftoit pas 
due à Dieu tout feul & fi elle pou voit eftre rendue à quelque créature , pour moy je n'ado- 
rerois ny le feu ny leSoleilny les autres aftres, comme certains peuples, mais un bon Evef- 
que. le ne pretens donc point, Monfeigneur , que les méchans dont je me plains, leur ptiif- 
fent faire croire que mes plaintes portent jufqu'à eux , pour qui jen'ay qu'un tefpe& infini & 
inviolable. 

Mais pour les méchans , Monfeigneur, pourquoy s'éleveront-ils contre les Canons & 
contre la foy de l'Eglifc,fans queperfonne leur ofe refifter , à moins que de s'expofer aux 
exils & à la prifun. 






! 
Il 



16 

XII. 

Quil neftpas permis à un Evefque de parler de la foy obfcurément. Exemple de 
de Gilbert la Porée Evefque dePoi&iers condamné au Concile de Reims 
quoy qu'il euft parlé moins obfcurément que Monfeigneur de Seez. 

ïefçay /Monfeigneur , ce que l'on voudroit bien pouvoir repartie pour la défenfe de 
Monfeigneur de Seez au fujet uc fon Mandement ,qui regarde la Foy ,que l'hercue que je 
pietensyeftre publiée, n'eu; pas ii évidente qu'un iimple Preftre ait du prendre la liberté 
ti'accufer fon Evefque , mais je réplique que cette herehe efl fi inanifefte , que celuy même 
quia eflé choifi pour la défendre , la cunfefle claircmentdans l'écrit des Réflexions en ces ter- 
mes, 

Que celuy qulfefepare del'Eglife , na jamak eflé de l'Bglifti 
J>hte Monfeigneur de Stt^n'aenfeigne que la mémeçhoje. 
gue la ïoy ne condamne fas cettt manière de parler. 
Veut-on lire jamais en quelque livre que ce foit & en Calvin même une hërefie plus ina- 
nifefte , nmquamfm^e Ecclcjue membr a <jmi de fciunt. Ces paroles latines font-elles hérétique plus 
manifeftementque les Françoifesque je viens de raporter. 

î Mais je veux t^ue les paroles de Monfeigneur de Seez fuffent obfcures>autant qu'elles font 
clairement hérétiques ,eft-il permis à un Evefque dans un Mandement , Monfeigneur ,d'eftre 
obtur dans la foy ï 

Pour en juger j'ay referve' un dernier exemple d'un de nos Evefques de France aceufé d'he- 
refre ,c*eftcehiy de Gilbert de laPorée Evefque de Poiûîers. Cet Evefque dans un Sermon 
ayant ufé de quelques paroles obfcures pour expliquer le plus obfcur de tous les My Itères, 
fut aceufé par deux defes Archidiacres, & obligé decomparoiitre au Concile deRheims en 
l'année h 47. pour y rendre raifon de fa doctrine, qui fut déclarée hérétique ài'infiancede 
S.Bernard, qui fe joignit à fesaceufateurs. 

Mais ce qui eft de considérable pour noltre diferent d'aujourdhuy, font les termes dans 
lefquels faint Bernard trouvoitl'herefie de Gilbert , & quifont raportez parce Saint au fer-* 
mon 80. fur les Cantiques». Lesvoicy, 
Pater ejl Veritas id ejl verus. 
filins efl veritas id ejl ver m, 
Sfiritus fanflus efl veritas id efl ^erm. 

Et hi très fimul non très veritates , feduna Veritas id ejl mm Verus, 
SurquoyS. Bernard fe récrie, o ! obfcur amyerverfcmyutexfianaiiMtrn. O f obfeurc & per^ 
verfe explication. 

Mais comment faint Bernard euft-il voutuquecetEvefquefefuft expliqué , & en quels 
termes, afin de parler plus clairement. C'efticy , Monfeigneur, où je demande voftre at* 
tention & attçfte voftre bonne Foy. 

<jhtam verius janiuf que per contrmumitadixîjftt , dit faint Bernard. Cet Evefque euft bien 
ç«(£O.Çus fiiuemeut & y lus véritablement, s'il fe fuft énoncé ainfi, dit ce Saint. 
Pater efl ver us idefl Veritas. 
filins efl verus id efl Veritas. 
Sfiritus fiticrtts efl verus id efl Veritas. 
ht hi très mus verus id efl ma Veritas. 
Or je demande en confeience & de bonne foy , quelle diference fi grande ou fi claire ori 
trouve entre ces deux concluions, 
Vna veritas id efl mus verus. 
Qui eft la conclulion de Gilbert : Et 

Vnus verus id ejl ma veritas. 
Qui eft celle de faint Bernard, pour faire que la première foit condamnée comme hé- 
rétique , & la féconde approuvée comme Catholique. 

Eft-ce qu'on ne pouyoit donner aucun fens Catholique à cette proposition ï 

Vna venta* id efl mut verus 
Il eft confiant qu'on luy en pouvoir donner, pourquoy donc fut-elle condamnée au Con- 
cile de Rheims , & l'Evefque de la Porée obligé de fouferire fa condamnation ? 

Ilfalloit,Monfeigneur,que ce pauvre Evefque fuftbien dépourvu de la politique de noftr* 
fiecle ,ou d efprit de chicanerie , car pour peu qu'il en euft eu , il fe fuftbien demeflé de cet- 
te difficulté. Faifons , s'il vous plaift cetre reflexion fur fa conduite, Monfeigneur , pour peu 

qu'il 



M 



à. 



x 7 
qu'il euft été infpiré de cet efprir , dont Monfeigneur de Seez eft fi largement doué ,que 

n'euftil point fait? Helas! il n'euit eu qu'à porter en Cour la moindre plainte contre fes 

Archidiacres accufateurs , & lesactuftr tipeuque riend'eftre Henriciens, c'eftoit une feâe 

■ de ce temps-là 3 fur cela les faire emprifonner , les faire interroger devant quelque Commif- 

faire laïque. 

S'il eft pas vray qu'ils amoitnt accufé leur Eve fque d'avoir avancé une fropofition hérétique en ces termes^ 

Vna 'Veritas id eft un» s verus. 
* perverti jfant malicitufement lefens , & attribuant k VE RV S ce qui ne peut-ejlre attribué qu* 
VERITES* 

Qu'cft-ce queces pauvres Archidiacres eu fient pu répondre > carilsn'eulTent point en- 
tendu cegergonny le fens de cet article d'interrogatoire non plus queje n'ay point enten- 
du le fens de celuy qui m'aefté fait par mon Commiffaire, lorfqu'il me dit. 

Jjhte j'avois attribué malicieuftmmt k la robe t et qui ne devait eftre attribué qu'à latiffurc. 
Parce qu'ils n'ont non plus de fens l'un que l'autre. 

Mais qu'importe ? de làGilbert les euft amenez prifonniers devant quelque Archevef- 
que favorable, qui eu It entendu leschofes en tel fens que Gilbert euft voulu; d'accu fé qu'il 
eftoit d'herefie ,il fuft devenu aceufateur , euft fait le zélé pour la foy , les euft fait condam- 
ner comme des calomniateurs, & fuft demeuré Catholique , fans eftre condamne luy même 
au Concile. 11 faut confefler, Monseigneur , que les Èvefques de ce temps-là n'eftoient 
gueres fins, ou bien que l'Eglife pour lors n'entendoit gueres ces forres de railleries. 

Car voicy cependant , Monfeigneur , le perfonnageque Monfcigncur de Secz croit pou- 
voir jouer avec fuccés en cet emps-icy contre moy , & en pouvoir faire jouer avec luy une 
partie à V. G. fans craindre de iuy faire le plus grand de tous les outrages , en l'engageant 
fubtilement à fetvit à de tels dcffeihs. * 

Il a enfeîgné publiquement que celuy qui fefeparede l'Eglife na jamais entré dans fa tiffurc 
qui efi indivifble , c'eft à dire , n'a jamais efié de l'Eglife ," ce fens eft h clair qu'il eft confefîe & 
Se foûtenu même par l' Autheur des Reflexions au nom de Monfeigneur en faut-il davantage 
pour fonder une accofation légitime? 

Cependant il prétend foûtenir ces termes en inventant quelque fens Catholique } qui 
n'a pas néanmoins encore vu le jour , mais fens obfcur inintelligible , nullement applica- 
ble aux paroles du Mandement , & à la faveur de cette obfcurité fauver fa propofition 5 & 
non feulement la fauver , mais par une tiflutede chicanerie , de calomnie & de politique, 
par une violation publique de tous les Canons éviter un jugement réglé & Canonique , fe 
fauver d'un interrogatoire juridique & audition fur articles , & fur quelques Arrefts du 
Confeil obtenir quelque fentence de Votre Grandeur àfa fantaifie , mais Monfeigneur, 
je fuutiens que c'eft une injure irréparable que fait Monfeigneur de Seez à V. G. & 
c'eft ce que je ne croy ny ne crains que V. G. veuille foufrir, quand ellen'auroit en veuë 
ny leslugemens de Dieu, en prefence defquels elle a tremblé jufqu'à la mort depuis fi peu 
de temps , ny ceux de l'Eglife > qui luy demande pour moy par tant deraifons la condam- 
nation de l'herene enfeignée par Monfeigneur de Seez , & la protection de fes Canons: 
quand V. G. n'auroit en veiie que fa propre gloire & fa réputation , je foûtiens qu'il n'eft 
pas polïible qu'Jle fe rende favorable à tant d'excès. 

Monfeigneur de Seez a employé dedans fon Mandement des paroles tnanifeftement hé- 
rétiques , quand elles ne feroient quYbfcures dans la Foy , il fuffit pour le condamner, 
l'exemple de Gilbert de laPoréeEvefque de Poitiers nous en convaînét,& il prétend que vous 
déclarerez fa proposition Catholique, & mon .iccufation calomnieule, que vous approu- 
verez fon recours aux luges Laïques & tous fes tours de pafTe paffe. Non , Monfeigneur , je 
ne puis croire queV. G- veuille fervir à fes defleins, ny juftifier dételles procédures. 

Idudafier confteor , difoit Gilbert dans un Concile de Paris, Patrem alio effe Patrem , alio 
ejfe Vettm , nec tamen effe hoc &* hoc. 

En confeience , Monfeigneur , n'euft-on pas bien trouvé parmy tant de fubtilitez qui four- 
millent en Théologie Scholaftique , fi on euft voulu, un fens Catholique à donner à ces 
. termes , qui euftefté obfcurement contenu dedans ces paroles ? néanmoins par cette raifort 
feule qu'elles eftoient obfcures dans la foy , le Pape les condamna comme hérétiques; mais 
en condamnant la doctrine, il vouloir fauver l'honneur de laperfonne, dit l'hiftoire , ani- 
madvertentes blafphemiamin doBrina , adh'uc anttm avertentes in'wriam kftrfona : Mais non , dit 
pour lors faint Bernard , la doârinedela Foy ne doit point eftre oblcure , ny la perfonne ft 
elleeft fidèle , honteufe de profeffer clairement la Foy & condamner foy même fa propre 
obfcurité, 

E 






' 



i8 

La feule h ■.m te & l'ignominie d'un Evefque eft d'eftre obfcur , lorfqu'il parle ,cli bien 
qu'il écrit pour inftruire ; S'il ne peut parler clairement, qu'il fetaife, car s'il parle à fon 
peuple fans en eftre entendu [ qui fupplet locum idiote , quomodo dicet *Amtn , quoniam quid dicas, 
nefeit : Ou ne doit parler que pour le faire entendre , & non pas pour tendre des pièges a 
la {implicite des Videles, nifi manifeflum fermoncm dederins , quomodo feietur id quod diatur. Si 
l'Evefque ne peut parler clairement, qu'il fe taife & le tienne en paix , prior taceat. Quieft-ce 
qui l'oblige de haranguer en publiant des Formulaires ï mais s'il ne peut fe taire, Si. s'il croit 
à caufe que d'autres ont harangue, qu'il y aille de fon honneur deharanguerauiii, du moins 
qu'il foufre avec humilité, quand il eft obfcur , qu'on l'accufe, qu'on le reduife à fubir les 
Loix Canoniques & à eftre jugé félon les formes del'Eglife. 

XIII. 

Que c'eft eftre Antechriit félon les Canons de transférer la IurifdiéHon 

Ecclefiafticjue aux luges Séculiers. 

Mais pour fe délivrer de cette obeyffance fî chrétienne violer les Canons 1 outrepaffcf 
les termes qu'ont pofé nos Majeurs 1 c'eft > Monfeigneur, le dernier attentat & le plus pu- 
ni fïab le qui puifie eftre commis contre l'autliuâte de l'Eglife par un Evefque* 

Il n'y a que des Antechrifts , dit le Canon Iietatumejî ii.q. 1. & des ennemis de l'Eglifej 
qui puiffentaceufer un Préfixe devant des luges feculiers, du moins fur (a.¥oy t œmuti chrifii y 
e jufque fanCtx Ecclefix infidiatores ; parce que cMt faire un jugement inique de toute i'fciglife, 
6c en avoir une inauvaife opinion & injurieufe ,que d'appeler à fon fecours contre les for- 
mes prefcriteslelugefeculier : Si quidem ad eli&ndo* indices inique de Ecclefu confortio iudtcat y 
qui de unîversâ Ecclefiâ maie fentiendode iadicio fiecutari pofeit auxilium , n.q. i.ç.placuit. Et il 
eft jufte que celuy qui tait cette injure à l'Ejglife ,enfoit excommunié , puifqu'il s 'eft jugé 
le premier indigne de fa communion , en la quittant pour chercher des luges ailleurs que 
parmy fes Miniltres : Cui enimad eligendos indices uniique patet authoritM , ipfe fe tndignum frattrno 
confortio iudicat qui deuniverfa Ecdefu maie fentiendo de iudicio feculari pofeit auxiltkm. 

Mais afin qu'on ne die pas comme l'on a accoutumé avec impieté que ces Canons ne font 
plus en ufage, & qu'ils eftoient bons pour le temps paffé , maisnon pas pour le noftre, je 
vous avois raporté , Monfeigneur, dans ma première Requefte le fentiment d'un de vos 
Curez Confeiller delà Cour fur ce fujet,quidit expreffementquecetranfport delurifdiction 
n A iamais efté entrepris que par des hérétiques. Il ne vous déplaira pas , Monfeigneur , que dans 
celle-cy je vous raporte le fentiment non plus d'un particulier mais de tout un Corps & du, 
premier Corps de la Province , c'eft celuy de voftre Chapitre , qui paroift imprimé dans un 
écrit public avec ce titre : Ecrit pour U défenfe du chapitre de l'Eglife Métropolitaine de Notre^Dame 
de Rouen s dont voicy les termes extraits de la page g 5. 

XIV. 
Témoignage du Chapitre de noftre Dame de Rouen contre ceux qui trans- 
fèrent la Iurifdidtion Ecclefîaftique aux luges feculiers. 

Pour revenir au procédé que Monfieur Malleta tenu contre le Chapitre , peut-on s'en figurer m plus 
illégitime &< plus contraire a l'efprit de l'Eglife & Aux règles les plus inviolables djfa dijcipline , que 
d'avoir pour fui vy au Confeil tous les ^frrejïs qu'il a obtenus en des matières purement Ecctefiajliques. 

Semble-t-il pas , Monfeigneur, que cet écrit ait efté compote pour condamner tout le 
procédé de Monfeigneur de Seez; mais il pourfuit contre Moniteur Mallet en ces termes. 

il y a quatre ans qu'il fit tant de bruit contre les Cure^de Rouen, parce qu'ils avaient pre fente Re~ 
quejle au Parlement , pour demander que le Livre de l'apologie fuftfupprime &> condamné , comme con- 
tenant des maximes permeieufes au bien &" à ta fettrete des fuiets du Roy &> de ta focieté publique : ildifoit 
que ces Cure^avoient encouru l'excommunication fulminée par les Canons contre ceux qui recourent aux 
Tribunaux des luges O Magiftrats feculiers dans les caufes Spirituelles &> Ecdefiafliques, 

Voftre Grandeur voit, Monfeigneur ,que ces Meilleurs cle part & d'autre ne difeonviennent 
point du droit & qu'ils demeurent tous d'accord de l'excommunication portée par les 
Canons, ne prétendant s'en défendre que par le fait ,dontils difputent ; mais Monfeigneur; 
de Seez peut-il difeonvenir de l'irrégularité de fa procédure î s'il ne le peut pas. 

On peut donc l'avertir charitablement , continuent ces Meilleurs de voftre Chapitre, qu'il y a 
quantité de Décrets &• de Bulles du Pape qui excommunient, ipfo fa&o } tous les Ecclefiaftiques , qui dé- 
clinent le for û" la Ittrifdi&iou Ecdefiajlique , & recourent aux Tribunaux feculiers & auxChancele- 
ries pouryfaire iuger leurs caufes , ce qui eft non feulement dé fendu par Us nouvelles Btdlesdes Papc$ t mais 
encore parles anciennes Décrétâtes qui font receUet £71 qui font Loy dans ce Royaume. 



iS 

Ces Canons ne font donc pas bons feulement pour le temps pa fTé, Mon fcîgncur , miisils 
font loy encore à prefent félon Je fentiment du premier Corps de Chapitre de la Province. 

± fyue fi par l'ordre de l'hglife , continuent ces MeJ?ieurs , ceux qui mêprifent les f tint s Décrets &• 
conflit niions canoniques , &• qui les violent manifeflement , doivent pajfer four fujfecls d'inrepe , four qui 
le fteur Mallet ( difons s'il vous plaiit Monfeigneur de Seez ) faffera-t-il dans l'efprit de ceux qui 
voyent fa contravention manifefle aux Canons &• Aux Bulles des Pafes dans un des f oints lesplta im for- 
tans delà difeifline > d*e. 

Etwrtes qttandon foupfonned'herefîe ceux qui méprifentles Canons de l' Eglifc & qui les foulent auk 
fitds , ce fonpfon nefl point téméraire ^fuifuuil eft fondé fur l'ordonnance même de l'Eglife 3 qui Veut qu'on 
les tiennent pour frffeBs de ce crime, 

XV. 

Vigueur Archiepifcopale de Monfeigneur l'Archevefque de Rouen contre un 

Evefque de la Province , qu'il déclare avoir encouru les Ceniures 

Ecclciiaftiques pour avoir viole' les Canons. 

C'eft à Monfeigneur de Seez à fe défendre des raifons & de Pauthorité d'un corps aufïî 
confiderable, comme il pourra ,mais, Monfeigneur , V-G» fe peut-elle défendre de le décla- 
rer excommunié > Vn autre que vous, Munfeigncur , moins vigoureux & moins zélé pour la 
difeipline Eccleliaftique , ou moins accoutume à donner de pareils exemples de voftre 
authorité Archieuifeopale, pourroir y trouver de la difficulté, & eftre épou venté de fon 
propre pouvoir & des propres foudres que la faînte Eglifeamis entre vos mains, loifqu'il 
eftqueftion de les lancer contre la telle d'un Evefque & dele fulminer» 

Mais, Monfeigneur , ce coup contre Monfeigneur de Seez ne fera pas un coup d'eflay pour 
vous , toute la France vid dés il y a quinze ans un de vos Curez armé de voftre authorité Se 
d'une commifïion émanée de V. G. aller dans la ville de Louviçrsauconfpeét. de toute l'Eglife 
déclarer de voftre part à un Evefque accompagné pour lors de deux autres EvcfqueSj qu'il 
avoir encouru la fufpenfe portée parles Canons pour avoir conféré les Ordres dans le Dioce- 
fed'un Aichevefque fans fa permiJlîon , & qu'ayant célébré enfuitc & fait fes fondions , il 
avoirencouru les autres peines Canoniques. 

Monfeigneur de Seez ne peut pas ignorer ce fait puisqu'il en fut tc'moin J & il apprit dés lors 
ce qu'il avait un jour à craindre d'une vigueur & d'une gêner ofiré suffi Canonique & Archie- 
pifcopale que fut la vuftre. C'eft pourquoy , Monfeigneur, il ne fera pas furpris , quand de la 
même bouche : du même Archevcfque , il entendra prononcer contre luy l'excommunica- 
tion qu'il a encourue iffofalïù* 

Ilconnoiftra, Monleigneur,que V.G. efttoûjourségaleàfoy-m'éme & immuable dans la 
feverité de fa difeipline contre les violateurs des Canons , il connoiftra que quand il eft 
queftion de cette difeipline Eccleliaftique violée , vous ne fçavez point ce que c'eit que d'ac- 
ceptation de perfonnes.qne vous ignorez vos meilleurs amis , quand ils ne veulent pas eux- 
mêmes eftre amis de* l'Eglife & de f .s Canons avant toutes choies , qui dtxit patri fuo & matri 
fuœ jiefcio vos , &> fr<xtribwsfuis , ignora vos , qu'il n'y a point d'obligations au monde publiques 
oufecretesqui vous foïentli preffantes que celles qui vous lient à l'honneur de l'Eglife inful- 
tée & à la gloire de fon authorité & jurifdiction ,dont elle a voulu vous rendre le depofitaîre 
& vous confier la proteÛion. 

XVI. 
Modération admirable duRov dans le refus qu'il a fait de juger le différent de Foy 
& de difeipline Ecclefiaf tique entre le Théologal de Seez & fon Evefejue. 

Ainfî, Monfeigneur, ce n'eft plus ma caufe que je plaide aujourdhuy devant vous , c'eft celle 
de tonte l'Eglife tsainée en ma perfonue de Tribunal en Tribunal par un Grand-Preftre , 
interrogée par un Miniftre de Cefar, comme lefus Chrift Ta efté de fa Foy par Ponce Pilate, 
niais avec cette différence heureufepour moy ,que noftre Cefar & fon Commiffaïre eftant 
tres-Chrcftiensont reconnu lefus Chrîft dans fon Preftre , n'onr pas voulu le juger ny le 
condamner, mais faire voir à toute l'Eglife pour la gloire de* noftre grand Monarque que 
fa Majeftéetlmplus refpeétueufe pour lés Loix &pour fes Canons qu'un Evefque même. 

Cet incomparable Monarque n'a pas voulu répondre aux deffeïnsde Monfeigneur de Seez 
nyàfes intentions , parce qu'il lésa reconnues contraires aux ordres de l'Eglile &: à l'hon- 
neur même de fon propre caractère d' Evefque. le ne l'avais ft*f voulu perdre , d if oit cet Evefque 
en parlant de moy à un autre Evefque , mais je voy bien que j'y (eray contraint , ie feray parler 



zo 












I i 









le Rùy , comme fi la Fuyavoit quelque chofc à craindre de la part d'un Roy tres-Chreftienj 
& l'bglifequi eftla Mère de tous lesHdelleS;, quelque violence à redouter de la part de fon 
Filsaifné. Ieferay parler le A ojr , quelle confiance pour un Evefque de fe perfuadec pouvoir 
obtenir de fa Majellé quelque Arreft contre les Canons , lorsqu'elle fèroit informée du droit 
des parties ? Elle qui dans le cours de fes Victoires & le torrent de fesConqueftesen a feeu 
arrefter la rapidité & faire voir ce miracle au monde plus admirable que tous ceux ny des 
Alexandres ny des Cefars , d'un Roy conquérant qui a feeu donner de foy-méme des bornes 
à fes profperkez en faveur de fes ennemis. Comment fe perfuader que (à Majefté vueille pafler 
les bornes de fon au thovité pour offenfer fa mere,& ne rendre pas àrEglifeaumilieudela 
paix des preuves d'une modération plus qu'héroïque , qu'il a fait voir contre fes ennemis au 
plus fort de la guerre > 

Mais fi Monfeigneur de Seez , Monfeigncur ,s'eft trompé dans le jugement qu'il a fait de 
fa Majefté , nous n'avons pas moins de fujet par l'expérience de voftre generofité paifée , de 
croire qu'il feraaum malheureux dans les eiperances qu'il a conceuës de vous & dont il s'eft 
flaté , il fera parler Monfeigneur l'Archevefque , mais Dieu ne permettra pas, lorfqucfa 
Grandeur aura efté parfaitement inftruite du droit des parties , que fur les articles qu'on luy 
donnerapour interroger M. l'Evcfque, ocTurfesréponfes, elle prononcerien contre la Foy 
de l'Eglife ny contre fes Canons. 

XVII. 

Fins de la prefente Requefte. 

C Es Canons veulent , Monfeigneur, avant toutes chofes que Morffeigneur de Seez me 
donne communication de toutes les pièces dont il entend fefervîr contre moy . & 
ftkm *iw«/?delquellesilielert pour me retenir prilonmer , &que depuis quatre mois ne 1 ayant pas tait, 
f„erdti0mes u- je fois élargi. Exponenda funtei illa capitula. de attïbm fstertt inquirendum , »f facttltatem habeat defett* 
«mmbm , & dendt jetpfum. c.(fuauter <& quando. Extra, de accuj. lequel Canon avec tous les autres ius-alleguez; 
q H o*d ijm fim ayant efté renouveliez par le Concile de Trente SefT. a 5. ci 8. & 20. je perfifte,Monfeigneur, 
Bi^otfijva'ldci aux ^ ns ^ ema première Requefte, & veuque par ledit Seigneur Evefque de Seez aucun de 
Cùttcii. Trid.fif ces Canons n'a efté obfervé, il vouspîaifeavant toutes chofes ordonner que les prifons me 

ij.c.iï. 



Ladite Roquette prefentc'e Se fignîfiée au Greffe de mondit Seigneur 
l'Archevefquepar Cordeau Huiffier,le 22. joui' de Février lô'jo. 



Fins de la première Requefte. 



feront ouvertes , fauf a procéder enfuite fur les fins fufdites de ma première Requefte du n. 
&fr*cif,itfacni de ce moi s & an j Se de la prête nte , & vous ferez juitice. 

Çjnonti & Con- 
cilia grneralia 
etunia , ntcnvn 
«.Uns ApnfioUciu 
fanfiiantt, in fa- 
vortm Eccltji.i- 
fikarttm ptrfen*- 
rum j hberutis 

EuUfiaflk*,& A CES CAVSES, MONDIT S E I G N E V R , il vous pi aile veu le défaut dudlt Seigneur 
totrx atti via - /\ Evefque d'avoir donné audi: Suppliant copie defdites pièces , en vertu defquelles il le retient prifonnicE 
ImnU "'pr'xTmi avcc ' n J u fti cc j luy redonner avant toutes chofes l'a liberté Se ordonner que les prifons luy feront ouvertes. 
mm deema m- lï- Et avant que de paifer plus outre , déclarer ledit Seigneur Evefque avoir encouru ipjà fdcii l'excom-* 
noy« exaffî eb mumeation portée par les Canons cy-deffus Se autres peines de Droit , Se iceluy décheu de tous Droits & pre- 
onmibm obfer. tentions , fi aucunes avoir contre ledit Suppliant , ainii qu'il cft porté pat lelcliis Canons. 

III. Ordonner que ledit Seigneur délivrera audit Suppliant copie de toutes les pièces, dont il auroit en- 
tendu ou entendroit fe fervir contre luy. 

IV. Ordonner que ledit Seigneur fera entendu par fa bouche. Premièrement , fut les Articles qui regardent 
fa Foy & celle de fon Mandement ; Ecrit des Réflexions, autre écrit portant pour titre, L'jlutbem du Libelle 
intitulée. Lettre de Cbtrtfit imaginaire 'fl invité , &c. Catechîfme des Pères de la Million & autres, avant que 
d'eltrcouy fur les Articles fufdits concernans le temporel de fon Egliié iceluy du Chapitre , les Caul'cs de la 
Foy eftant provifoires. 

V. Déclarer tous lefdits Ecrits hérétiques &c difamatoires refpcélivement , accotder permîiiion audit 
Suppliant de faire informer contre les Autheurs &Diftributeursde(dits Ecrits, & le pouvoir d'y procéder par 
la voyc des Ccnlures Ecclchaftiques } même contre les Ecclefiafiiques qui auroient contribué ou favorife le 
iufdit tranfport de la lurifdiétion Éccleliaftique aux luges fecu tiers, comme complices dudit Seigneur Evefque, 
conformément auldits Canons. 

VI. Condamner ledit Seigneur à faire au Suppliant réparation Canonique 6rà tous (es dépens , domma- 
ges Se interefts , & vous ferez juftîce. 



vari dthert 
c, 10 



Ib. 






M